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5 juillet 2014

Passions autour de Gustave Courbet : une polémique menée en 1879 par Auguste FAJON l'ami fidèle de Gustave COURBET à Montpellier.

Auguste FAJON par Gustave COURBET (1862) 


                    Voici un manuscrit qui prend avec virulence la défense de Gustave Courbet.
Manuscrit d'Auguste FAJON: défense de Gustave COURBET parue dans Le Travailleur de Montpellier

                        A M. TROUBAT Jules,
                     Ex-secrétaire de MM Champfleury et Ste Beuve, aujourd'hui conservateur d'une bibliothèque.


                      Une page charmante (?) cueillie par l'Hérault et La République du Midi dans les Souvenirs de jeunesse, extraits des volumes Plume et Pinceau de M. Jules Troubat, nous a suggéré les réflexions suivantes:
                      En 1857, M. Jules Troubat était un peu trop jeune [21 ans] pour avoir pu porter un jugement sur Gustave Courbet comme homme privé et sur ses oeuvres.
                      Nous trouvons par trop bouffon qu'il dise que G. Courbet n'aurait pu devenir un grand musicien pas plus qu'un grand statuaire. Qu'en pouvait-il savoir et qu'en sait-il? Quant à la jactance du peintre, ajoute-t-il, elle ne se montrait pas encore en ce temps-là ce qu'on l'a vue depuis. De quoi diantre se mêle M. Jules Troubat?
                      Il nous dit encore, dans cette page charmante, qu'en 1857 G. Courbet était grand, mince, élancé; ses souvenirs le servent mal, car à cette époque Courbet avait trente huit ans et l'on pouvait plutôt le comparer à Hercule qu'à Adonis.
                      M. Troubat Jules se trompe encore lorsqu'il dit que la Femme au perroquet (un des meilleurs tableaux du peintre d'Ornans) lui a été inspiré par le tableau qu'il cite de L'Amour et Psyché, lequel fut vendu par M. Lepel-Cointet, agent de change, au prix de seize mille francs, il en fit même une copie pour Khalil-Bey, un nabab égyptien. La Femme au perroquet n'a aucun rapport avec cette toile.
                      Nous apprendrons à M. J. Troubat que nous connaissions avant 1857 très intimement notre regretté Gustave et avons été à même de reconnaître en lui un tempérament d'artiste. Il fut un grand peintre et un grand statuaire : ses oeuvres parlent assez haut pour cela.
                      Sans contre-dit, M. Jules Troubat n'a jamais vu la République helvétique [La Liberté, ou Helvetia, Platre, Musée de Besançon. Fait en 1875] un des plus beaux morceaux de la sculpture ancienne ou moderne.
                       Pour parler d'un homme tel que G. Courbet, il ne faut pas l'avoir étudié chez un Champfleury ou un Théophile Sylvestre.
                       Qu'à l'avenir, M. J. Troubat porte ses soins à épousseter les livres de la bibliothèque dont il est le conservateur : c'est une besogne dont il pourra tirer gloire et profit.
                                                                                                                       Auguste Fajon
                                                                                                           Montpellier le 21 juillet 1879

Recadrons la polémique. 

                        Vers la fin des années 1870, il est de bon ton de tirer à boulets rouges sur la mémoire de Gustave Courbet mort le 31 décembre 1877.
                        Montpellier n'échappe pas à la règle. Le peintre y a séjourné deux fois, en 1854 et 1857. Officiellement, son ami montpelliérain est Alfred Bruyas, qui possède (ou possédera) 12 tableaux du maître.
                         Mais il suffit de jeter un oeil sur la correspondance entre Bruyas et le critique d'art Théodore Sylvestre pour voir que, dès a fin des années 1860, le divorce est consommé. Le mépris le plus affiché a remplacé l'amitié initiale. Bruyas, qui a pu aimer la peinture de Courbet n'a jamais pu supporter le peintre. Il l'aimait de loin. De près, ce raffiné vit La Rencontre comme un cauchemar.
                         Les vrais amis montpelliérains seront François Sabatier, l'ami de Karl Marx, qui vit à Lunel et Auguste FAJON, qui fait l'objet de ce billet.
                         D'où cette virulente défense posthume de Gustave Courbet par cet ami montpelliérain.

                         Jules Troubat vient de publier dans son livre Plume et Pinceau (Lisieux, 1878) un récit du séjour de Courbet à Montpellier en 1857 où il s'aligne sans réserve sur la position d'Alfred Bruyas : Les premières toiles de Courbet sont les meilleures;  à partir de 1855, l'homme et l'artiste n'ont cessés de dégénérer, jusqu'à devenir un peintre vulgaire et un personnage infréquentable. Les citations que fait Fajon sont exactes :
                       Quant à la jactance du peintre, elle ne se montrait pas encore en ce temps-là ce qu'on l'a vue depuis : du moins elle était supportable. Le défaut principal s'est accentué en lui, comme l'embonpoint, avec l'âge. Et caetera : ce texte est publié et disponible sur Gallica.
                       Moins accessible est ce qu'écrit, à propos du portrait d'Auguste Fajon par Courbet, Théodore SYLVESTRE. Ce texte, écrit sous les yeux de Bruyas, est publié du vivant de Courbet et de Bruyas dans
La Galerie Bruyas, Paris, J. Claye, 1876. Bel éloge d'un peintre par son ami, son mécène et son collectionneur !!
Le modèle en prend autant pour lui que le peintre :
                       Malgré l'inertie d'attitude, la vulgarité, l'insignifiance ou la bizarrerie choquante des personnages de Courbet, est-il vraiment possible de contester sa puissance d'exécution? Non. Si, malgré ses niaiseries, les outrances et les carences de Courbet, le spectateur veut connaître toute sa force de praticien, il n'a qu'à comparer ce portrait-ci aux deux Mirevelt voisins [Delft, 1568-1641]. Non seulement Courbet tient bon à côté du maître hollandais, mais encore, soyons juste, ne le surpasse-t-il pas par ce faire si sûr, si ample, si nourri? 
                       Cette tête conique, barbue et placide, peinte par le maître d'Ornans, dit infiniment moins que chacun de ces deux Mirevelt, deux physionomies. Mais quelle exécution, ce Courbet! Quelle "PATTE" (pour quelle pâte!) dit Proudhon, ne voyant en Courbet qu'un talent animal. Quoique lourd et enfumé, au lieu d'être effumé (sfumato), selon la belle expression des Italiens, ce portrait est enlevé "comme un poids à bras franc", expression d'hercule de foire  dont Courbet s'honore. Voyez ce front, ces yeux, cette barbe! Tout cela ne dit guère, mais c'est fait!... Mirevelt en pâlit. 
                      On ne saurait être plus fiéleux. Bruyas est un virtuose pour à la fois ménager son amour-propre et son flair de collectionneur et marquer sa détestation de certaines oeuvres par lui, autrefois, achetées...
      
                      La publication de cette lettre d'Auguste Fajon dans LE TRAVAILLEUR, journal de Montpellier provoque une vive polémique épistolaire.
                       A Montpellier, Fernand TROUBAT, le frère de Jules, s'estime offensé par "cette grosse saleté". Pour lui, le journal est le "repère d'un tas de bandits". Il veut un procès, exige 30 000 francs (!!) de dommages et intérêts, tout en reconnaissant qu'un jugement ne lui rendrait pas plus son honneur que "d'aller se laver dans la cuvette d'A. Fajon".
Lettre de Fernand TROUBAT à son frère Jules au sujet de Fajon, Courbet et Cie

                       A Paris (ou plutôt  Compiègne où il est bibliothécaire), Jules Troubat essaye de calmer le jeu :
A présent que l'incident est passé, n'y revenons plus...  Quant à l'article de Fajon... je n'ai fit qu'en rire, et l'ai envoyé à Champleury.
                       Le 23 novembre 1879, il ajoute : Un procès à Montpellier m'aurait causé des tribulations pour la vaine satisfaction de confondre des drôles dont tout le monde connait le tirant d'eau... Je n'ai pas les appointements suffisants qui me permettraient de vivre sans penser à autre chose...  Pauvres bibliothécaires de tous les temps...!
Lettre de Jules TROUBAT à son frère Fernand pour le calmer
                             Je reviendrai sur Auguste FAJON à propos de 2 choses :
1-  Il se trimballe, chez tous les Courbétiens, une image de bohême désargenté vendant du raisiné en djellaba dans les rues de Paris. Or, Fajon était un riche épicier en gros qui commerçait avec l'Afrique du Nord où il a fait plusieurs longs séjours. Un soir de goguette ne résume pas le personnage.
Par exemple, dès 1838, il prend en charge, associé à ses amis FAREL, TISSIE-SARRUS, CASTELNAU, BROS (qui seront tous des amis ou des parents de Frédéric Bazille et de sa famille), etc la construction de la ligne de chemin de fer Montpellier-Nîmes.  Voir : http://books.google.fr/books?id=8gFCAAAAYAAJ&pg=PA1018&lpg=PA1018&dq=%22auguste+fajon%22&source=bl&ots=-JTNTW-Xju&sig=ae31liT2nvC0FU3UKgHM8gPgBxM&hl=fr&sa=X&ei=RFdoT5SuLcqmhAeor5GnCg&ved=0CDsQ6AEwBA#v=onepage&q=%22auguste%20fajon%22&f=false
2 - Il y a, dans son oeuvre littéraire, des choses à grapiller. Une pièce de théâtre, jouée en 1854 devant Courbet. Quelques sonnets qui sont loin de ridiculiser leur auteur, et un petit poème que Georges Brassens ne connaissait sans doute pas, mais dont Un petit coin de parapluie est une citation quasi littérale. 
                             Mais ce sera un autre jour


25 mars 2012

SAINTE-BEUVE, propriété littéraire, droits d'auteur et bibliothèques. Un cas d'école expliqué à la Bibliothèque de Montpellier

                  Voici la dernière lettre de Jules TROUBAT que je vous inflige. 
                   Je ne sais pourquoi Marcel BARRAL ne l'a pas publiée dans son
Jules TROUBAT, dernier secrétaire de Sainte-Beuve : 
Lettres inédites à son père et à son frère de Montpellier  
(Montpellier, Entente bibliophile, 1991). 
                  A propos des oeuvres de SAINTE-BEUVE, elle pose méticuleusement deux problèmes : 
* Celui de la propriété littéraire et des droits d'auteur.
* Celui de l'articulation auteur-éditeur-bibliothèque. 
Lettre de Jules Troubat sur la propriété littéraire de Sainte-Beuve
                   Elle est datée du 28 janvier 1863 et répond à une lettre de son frère Fernand qui sollicitait l'envoi - gratis- des oeuvres de Sainte-Beuve à la Bibliothèque municipale de Montpellier (de quoi je me mêle?)
                   Elle est, on va le voir, à deux étages.

                                                                                  Mon cher frère
                    Les livres de M. Sainte-Beuve ne lui appartiennent pas. Chacune de ses oeuvres est vendue à un éditeur. Port-Royal à M. Hachette, les Causeries du Lundi à MM. Garnier, Volupté à M. Charpentier, les Nouveaux Lundis et les Poésies complètes en deux volumes à MM. Michel Lévy. Le Tableau de la Poésie au XVIe siècle, l'Etude sur Virgile à MM. Garnier. Les Portraits littéraires, Derniers portraits, Portraits de femmes aux-mêmes frères Garnier! etc...
                    Toutes les fois qu'il a besoin d'un de ces ouvrages, il faut qu'il la rachète. Dernièrement le bibliothécaire d'une ville, Carpentras, je crois, lui a demandé quelques uns de ces ouvrages pour la ville. Mais il a répondu ce que je te dis là : que ses livres ne lui appartenaient pas.
                     Il est si peu le propriétaire de ce qu'il écrit, que dernièrement on n'a pu accorder à M. Charpentier la reproduction de trois articles du Constitutionnel pour mettre en tête des Entretiens de Goethe et d'Eckermann. Ces articles appartiennent à Michel Lévy et font partie de la collection des Nouveaux Lundis. Il a fallu que M. Sainte-Beuve, voulant être agréable au traducteur de ces Entretiens de Goethe et d'Eckermann et à M. Charpentier écrivit une lettre en guise de préface, qui a paru en tête de cet ouvrage. Lévy n'a jamais voulu laisser prendre les trois articles du Constitutionnel sur le même sujet. Et il était complètement dans son droit.

Sainte-Beuve et ses éditeurs
                     Je regrette de ne pas pouvoir demander pour notre chère ville la première faveur qu'elle me fait l'honneur de me demander. Mais, franchement, mon cher frère, quel auteur serait assez riche pour fournir ses livres à toutes les bibliothèques de France? Il faut nécessairement qu'elles fassent le sacrifice de les acheter. Je ne vois qu'une bibliothèque en France qui ait quelques droits, non pas à la reconnaissance, mais à l'affection de M. Sainte-Beuve, c'est celle de Boulogne-sur-Mer, parce que c'est sa ville natale, et qu'il y a été élevé jusqu'à l'âge de 12 ou 13 ans. Mais ce qu'il leur accorderait, serait non pas une dette, mais un pur acte d'hommage à ces concitoyens. Et ce serait un vrai sacrifice pécuniaire, puisqu'il est obligé de racheter ses propres livres quand il en a besoin.
                    Dernièrement j'ai payé moi-même pour lui un exemplaire de son Chateaubriand à MM. Garnier. Il en avait besoin pour offrir à un haut fonctionnaire du ministère des finances qui le lui avait demandé.
                    Je te prie, mon cher frère, d'être l'interprète de mes regrets auprès de ces messieurs de la Bibliothèque.
                                                      Ton cher frère
                                                                                     Jules Troubat
Paris, 28 janvier 1863.

                      Cette lettre, didactique et faite pour être montrée au bibliothécaire de Montpellier (Paulin Blanc) est accompagnée d'une autre, privée, et caustique sur l'émulation littéraire de la ville et de la bibliothèque de Montpellier.  Pan sur le bec de Jules Pagézy, le maire, et de Paulin Blanc, le bibliothécaire.
La bibliothèque de Montpellier doit acheter ses livre au lieu de les quémander
                  Au surplus, mon cher frère, comme il faut que tu leur montres une réponse, voici une lettre que tu pourras leur présenter. Je ne vois pas la nécessité, je t'avoue, de faire doter la ville des oeuvres qu'elle peut très bien acheter elle-même, car elle est assez riche. Ils sont bien en retard de n'avoir pas même les Causeries, ni Port-Royal. Mais ça les regarde. 
                  Comme je te l'ai déjà dit, il faudrait que l'auteur les achetât, et il a refusé dernièrement au bibliothécaire de Carpentras, si je me souviens bien, par cette raison  que ses oeuvres ne lui appartiennent pas. 
                  J'ai plus besoin de faire retourner sa générosité à mon profit qu'au profit de notre chère ville, qui ne donne pas là l'exemple d'une ville littéraire.  Cette quête aux auteurs est indigne d'une ville qui possède deux très riches bibliothèques, et qui a la réputation d'être un sanctuaire des lettres et des sciences. 
                  M. de Lamartine, tu le sais, donne d'une main et tend continuellement l'autre, ce qui est déplorable et triste chez le plus grand poéte peut-être de ce temps-ci.
                  Quand il y a une oeuvre remarquable et utile à tous les lecteurs, une ville comme Montpellier devrait immédiatement se la procurer. Attendre que l'auteur vous l'offre prouve peu d'émulation littéraire.       
                 Du reste, ce que je te dis là, je l'ai dit un jour pour le Louvre à propos de la collection de M. Vionnois. On me demanda si on ne pourrait pas la lui faire céder par testament au Louvre. "Mais qu'on la lui achète", répondis-je. 
                 Et je trouve que l'honneur seul n'est pas une récompense suffisante. 
                                                                        Ton frère dévoué, Jules Troubat
                 Je t'envoie exprès cette lettre ci-jointe pour pouvoir la communiquer, sans avoir l'air pourtant qu'elle ait été faite exprès. Mais tu peux le faire lire à ces messieurs.

24 mars 2012

Marie PELLECHET, la madone des incunables : un portrait charge

            Marie PELLECHET est connue d'un petit nombre d'adeptes pour son CATALOGUE GENERAL DES INCUNABLES DES BIBLIOTHEQUES DE FRANCE.
            Elle est connue des bibliothécaires montpelliérains pour avoir légué (on ne sait pourquoi) à la Bibliothèque de Montpellier sa collection de 2500 volumes environ.
Elle était follement pasionnée par la photographie : histoire, technique, pratique. Ses clichés sont encore à découvrir. 
Jules TROUBAT (1836-1914) à l'époque de cette lettre, vers 1901

           En consultant les lettres de Jules TROUBAT à son frère Fernand, je suis tombé sur celle-ci qui n'a pas été publiée par Marcel Barral dans son 
Jules TROUBAT, dernier secrétaire de Sainte-Beuve : 
Lettres inédites à son père et à son frère de Montpellier  
(Montpellier, Entente bibliophile, 1991).
          Troubat était alors conservateur à la Bibliothèque Nationale.

Je transcris sans commentaire :
Lette de Jules Troubat sur Marie PELLECHET. 1901

Bibliothèque Nationale. Paris, le 15 mars 1901
                                 Mon cher frère
               Mlle Pellechet était une brave fille, très riche et très charitable, faisant le bien d'ailleurs sans ostentation, très simple, le train très modeste et extrêmement versée dans la connaissance des incunables. C'était chez elle une vocation, et elle a publié un catalogue à ses frais, dont le premier volume seul a paru, mais laissant les fonds nécessaires pour que ce travail soit continué. Elle avait l'amour de la science au plus haut degré, en même temps qu'elle était servie pour ses deux uniques passions, les incunables et la charité, par une grande fortune. Son père était architecte. Elle possédait le château de Coeur Volant à Luciennes (Louveciennes).

               Son coeur à elle était resté mort, et elle est morte en état d'innocence. Du reste, elle était fort laide, ou plutôt pas jolie du tout, et n'ayant rien, comme beaucoup de femmes savantes, qui donnât envie de lui manquer de respect.
               On n'a que du bien à en dire, et sa mémoire est tenue en honneur à la Bibliothèque Nationale. Je n'ai fait que l'entrevoir quelquefois. M. Léopold Deliste l'avait en très haute estime. Elle avait défendu les discours à son enterrement. C'est une biographie des plus simples, toute vouée au bien et à la connaissance approfondie des incunables.
               A la Bibliothèque Nationale, on a une vingtaine de fiches à son nom, relatives à divers écrits qui ont paru dans des revues savantes ou spéciales, tous relatifs aux incunables de villes de France, Dijon, etc...  les imprimeurs du Comtat Venaissin, etc. On pourrait les relever si tu voulais; seulement c'est un travail qui ne m'est pas commode à faire en bas dans l'hémicycle. Elle en faisait faire des tirages à part, mais elle ne tenait pas trop à ce qu'on les produise.
               J'ai sous les yeux le seul volume qui ait paru de son grand travail, et dont voici le titre :

Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-arts.
Catalogue général des incunables des bibliothèques publiques de France, par M. Pellechet. 
Abans - Biblia
Paris, Alphonse Picard et fils, libraires... rue Bonaparte, 82. 
1897 - in 8°, 601 p. 
                    On devrait l'avoir à la Bibliothèque de Montpellier. Dis-le à Gaudin. C'est indispensable. Sur la couverture, on a indiqué, comme du même auteur, les titres des écrits dont les fiches sont à son nom à la Bibliothèque. Je te les copierai et te les enverrai demain matin.
                    Elle était officier d'Instruction publique et aurait voulu avoir le ruban rouge. On aurait bien pu le lui donner.

                       Ce volume est dédié "A la mémoire de mon père, Auguste Pellechet, dont la longue vie (1789-1874) donna constament l'exemple de l'amour du travail et de la plus haute probité."
                       C'est tout ce que je puis te dire sur cette estimable et très respectable personne, dont on ne peut nier la vocation.
                       J'ai reçu tes deux lettres... (etc..)
                                                                                               Jules Troubat