25 novembre 2021

LE TRA-LA-LA DE MARIE-ANDRÉ HAGUENOT, fondateur de la revue CHIMÈRE

LE TRA-LA-LA DE MARIE-ANDRÉ  HAGUENOT

 

 


MEA MAXIMA CULPA

Le Bibliophile languedocien, relisant la notice sur  MARIE-ANDRÉ HAGUENOT qu'il a rédigé il y a près de 25 ans dans le DICTIONNAIRE DE BIOGRAPHIE HÉRAULTAISE de Pierre CLERC se cache derrière les touffes de cheveux que la honte arrache de son crâne. .

Il avait rencontré HAGUENOT sur les feuillets de la revue CHIMÈRE ( la fabuleuse revue dirigée à Montpellier en 1891 par Paul REDONNEL). Il y était qualifié de "fondateur". Le Bibliophile avait traduit : "bailleur de fonds" (il avait raison) et était passé à quelqu'un d'autre (il avait tort).

Il s'était fié à des bribes de biographie cueillies je ne sais où. Sans vérifier.  Pourquoi lui donne-t-il pour dates de vie 1856-1904, au lieu de 1868-1900 ? Pourquoi en fait-il un médecin alors qu'il est avocat? Il ne sait plus. Tout est faux !

Mélangeant allègrement des informations concernant plusieurs personnes, il a, comme Haguenot, créé une chimère.

Dire des bêtises sur la vie d'un Victor Hugo n'a pas d'importance : l'Histoire corrige. Mais comme le Bibliophile était le seul à parler d'Haguenot, ce qu'il en disait est devenu parole d'Évangile.  Aïe aïe aïe ! Voilà-t-y pas que sa notice foireuse est reprise littéralement dans les rares notices parlant de M. A. Haguenot, y compris pour décrire les fonds appartenant  aux Archives départementales. Aïe aïe aïe ! Mea culpa ! 

 



 

 

REPRENONS À ZÉRO SA BIOGRAPHIE

Et cette fois sur bons et véridiques grimoires.

MARIE-ANDRÉ HAGUENOT naît à Montpellier le 20 septembre 1868 dans la maison ALICOT, passage BRUYAS.

Son père, Marie Louis Henri Haguenot (1829-1914) est un propriétaire de 39 ans, fils de Polynice Haguenot, lui aussi propriétaire, né avec le XIXe siècle. Sa mère est née Marie Antoinette Isabelle EYMAR, fille d'Etienne, négociant en droguerie. Elle a 34 ans pour l'éternité, car elle meurt (fièvre puerpérale?) 15 jours après, le 5 octobre.

 

Études de droit. Avocat à la Cour d'appel de Montpellier.

 

Le 6 février 1893, à 24 ans, il se marie à Marseille avec Augustine Émilie Marguerite FAJON, née à Marseille le  19 juin 1872, fille du secrétaire général des Messageries maritimes et de Léonie TALON.  Les deux mariés habitent encore chacun chez leur père, tous deux veufs.  Un contrat de mariage est enregistré chez Roubaud, à Marseille. Les témoins sont un cousin du marié, Henri Yvaren, Joseph Gervais, avocat à Montpellier, un oncle de la mariée, l'armateur Émile Talon et Paul Fajon, un nom qui nous rapproche de Bruyas et de Courbet.

Deux enfants naissent de cette union (mais pas à Montpellier). Henri, qui meurt sans doute très très jeune, et Etienne Marie Henri (1896-1931) , qui s'appellera HAGUENOT DE LAISTRE après son adoption par le Comte de Laistre, second mari de sa mère,  épousera en mars 1929 Marie BARRAL D'ESTÈVE, et écrira des opérettes signées HENRI HALLAIS.

Le couple habite son magnifique hôtel particulier situé 20 rue de la République (résidence hôtelière en face du Square Planchon, le long de l'arrêt de tram.)

Je ne sais si l'activité de l'avocat Haguenot est prenante, mais son activité littéraire est des plus luxuriante.

Bien sûr, son coup de maître, est, à 23 ans, en 1891, de fonder la revue CHIMÈRE, une des plus importantes en France en cette fin de siècle. Cela seul lui ouvre le droit d'avoir son nom dans l'histoire de la littérature française.

Et il écrit, il écrit... Le fonds de manuscrits (fonds HAGUENOT 1J1850 à 52) des Archives départementales de l'Hérault compte 8 volumes de théâtre, de prose et de poésie, et ne contient à peu près que des œuvres de jeunesse, antérieures à 1890.

Il publie ses œuvres dans des plaquettes qu'il signe parfois DUBOIS DES ISLES.

 

Cette écriture s'interrompt tragiquement à Saint-Gély-du-Fesc sur la route de Ganges le 7 avril 1900.

Marie André Haguenot est victime d'un accident d'automobile. Son groom, Joseph Serveille, 15 ans, projeté à 6 mètres de la voiture est grièvement blessé.

Lui-même a le crane fracturé et la poitrine défoncée. Malgré les soins du Dr Coloma, il décède lors de son transport à Saint-Gély.

 

Le 15 avril 1900, La Vie Montpelliéraine fait son éloge funèbre et annonce la publication prochaine de sa dernière œuvre, une nouvelle : Pauvresse.

 

"Parmi les jeunes, s'il était une personnalité sympathique, c'était, à un très haut degré, celle de notre ami disparu André Haguenot.

Doué de tous les biens de la fortune, goûtant les charmes d'une famille crée dans l'amour et où tout concordait, les sentiments et les convenances ...  Il jouissait de la vie en lettré, en artiste, en digne fils d'une lignée d'ancêtres...

D'un caractère franc, ouvert, généreux, il était aimé de tous, et il ne lui a peut-être manqué pour atteindre à la gloire, au moins à la grande notoriété littéraire que d'être obligé de gagner sa vie.

Mais son œuvre de littérateur dilettante est suffisante pour permettre à son jeune âge de faire bonne figure auprès de ses aïeux qui se firent un nom par leur labeur.

 

 

QUELQUES LIVRES D'ANDRÉ MARIE HAGUENOT

 

Je précise que la bibliographie donnée dans la notice du Dictionnaire de Biographie héraultaise de Pierre Clerc est précise et exacte.

 

Tout semble commencer par une participation du jeune Marie André au Concours annuel de la Revue littéraire de Touraine, en 1887 (M-A H. a 19 ans), dirigée par Auguste Chauvigné (1855-1929), fils du célèbre céramiste :

 

LA DERNIÈRE SYBILLE, poésie qui a obtenu la Palme de bronze au grand concours annuel de 1887 de la Revue littéraire de Touraine (Tours, 1887,  8p.) .

Comme un rocher bravant l'effort de la tempête

Devant le ciel immense et la profonde mer,

Delphes, le temple ancien, dresse bien haut la tête,

Portiques où du vent se meurt le souffle amer.

 

Premiers vers publiés. Le poème alterne alexandrins et octosyllabes pour raconter le dernier oracle de la Pythie de Delphes, le jour même de la mort du Christ :  Je suis la Mort, il est la Vie !

Malgré sa banalité, le poème a un certain allant, et se lit sans ennui, mais

 


LA BERLINE, 1er prix , palme d'argent de la nouvelle du même concours, est publié en même temps.

1815. Dans le relais de poste, la fille du postillon se meurt. Elle avoue à son père son secret. À Paris, elle a été séduite par le jeune baron chez qui elle travaillait, et a accouché d'un enfant mort. Par un hasard littéraire, le dit baron arrive au relais, messager du retour de l'Empereur. La neige cache les chemins et leurs précipices. Seul, le vieux postillon peut conduire la berline, s'il le veut. Les deux hommes partent dans la nuit... et arrivent à bon port.

 


NOS CLAIRONS remporte en 1888 le 1er prix de poésie du même concours.

Je vous aime, ô clairons....

Nous sommes près de Déroulède :

Mais c'est en vain que sur nos têtes

Hideux messagers des tempêtes

Les corbeaux du Nord sont passés.

 


L'histoire d'amour entre Haguenot et la Revue de la Littérature moderne d'Auguste Chauvigné se poursuit. En 1889, c'est la palme d'argent au concours de recueils que les tourangeaux offrent au montpelliérain.

À BATONS ROMPUS, poésies, paraît, toujours à Tours, en 1889.  Cette fois-ci, ce sont 70 pages et 46 poèmes qui paraissent au grand jour.  Le recueil est dédié à Auguste Chauvigné qui en écrit la préface et en souligne la "jeunesse, pourtant un peu pessimiste"

 

On se demande un peu pourquoi ce tout jeune homme à qui tout semble sourire, lorsqu'il interpelle sa Muse, s'écrie :

Tu t'appelles : Douleur !



 

D'autant que, dans toute cette prosodie, aucun accent vraiment désespéré ne nous saute au cœur. Rarement, les accents lyriques en arrivent à exprimer un sentiment profondément personnel. Les bons sentiments et les clichés remplacent trop souvent les vrais sentiments.



 

Ce qui frappe aussi, en dehors d'un clacissisme de bon aloi, c'est le nombre de pièces qu'on peut qualifier de "pré-textes" , c'est à dire des présentations, invocations ou justifications littéraires.

En un mot,  valable pour toute l'œuvre, Haguenot apprend à écrire.

J'ai mis là bien des fantaisies

Qui m'ont traversé le cerveau.

 

Quelques vers, pourtant, ne sont pas dépourvus d'une certaine poésie :

Mourir du mal que j'ai conçu...

 

Est-tu princesse, reine, ou prends-tu ton plaisir

À danser aux faubourgs sur le tambour de basque ?

 

1891 voit la publication de 4 nouvelles plaquettes :

LES ANGOISSES, sonnets. Montpellier, Firmin et Montane,  16p. 




 

UNE CHARGE, poème [guerrier] (id) écrit lors de son service militaire à Tarascon en 1890.

 


 

AU PAYS BLEU, sonnets (id) un hommage à son pays natal

Et je suis transporté bien haut dans les cieux bleus

Dans les paradis d'or, les éthers fabuleux

Où pour mes yeux voyants le mystère est sans voile !

 

Ce recueil écrit en 1890 contient un vers anecdotiquement intéressant :

Sur un char attelé de Chimères ailées...

Un an plus tard, Haguenot créait la revue Chimère. 

 


 

 


 

À LA VILLE DE CETTE. à propos en vers dit par Mlle Mazalto, du Grand Théâtre de Montpellier au Concert donné au Théâtre municipal de Cette au bénéfice de la station zoologique, le 15 avril 1891.  (id). 

 

Vers de circonstance en soutien à la Station zoologique de Sète. L'ornithologie semble avoir attiré Haguenot. 

Sète rencontre et accueille "la Science":

Elle découpe au loin sa silhouette blanche

Sur l'azur de la mer et sur l'azur du ciel;

C'est la ville coquette, et travailleuse, et franche ...

 

 

1892  est aussi une année prolixe,  occupée par le théâtre.

BONSOIR PIERROT est une comédie en un acte , en vers. (Montpellier, Firmin et Montane, 1892,  28 p.). Suivant la vague re-initiée par Adolphe Willette avec Pauvre Pierrot, Haguenot écrit une petite pochade sur le thème de la perfidie et de la vénalité féminine. Mais on se demande pourquoi cette piécette misogyne  est située à Florence, la ville étant résolument absente du décor. 

 



 

CAUSE JUGÉE , est aussi une comédie en 1 acte et en vers, (id).  Profitant de la loi Naquet rétablissant le divorce ( 27 juillet 1884) un couple a divorcé. Se retrouvant "dans une ville d'eaux à l'étranger", le couple se remarie. La cause du divorce est jugée et condamnée par cet écrivain très catholique.

 

La même année, un recueil de DIX NOUVELLES parait, toujours chez Firmin et Montane sous le pseudonyme de DUBOIS DES ISLES

 




 

Ce ne sont pas, certes, des chefs-d'oeuve de littérature. Mais Marie André est plus alerte, plus à l'aise, et disons le, moins ennuyeux en prose qu'en vers.

On se demande ce qui a poussé ce lettré à rimailler comme un pauvre poète-ouvrier, paniqué à l'idée d'écrire de la prose, cet océan où l'on se noie, et qui s'appuie sur les béquilles et les balises de l'alexandrin pour se tenir debout.

 

On est un peu soulagé lorsqu'en 1893, année de son mariage, DUBOIS DES ISLES publie POÉSIES, (Montpellier, Firmin et Montane) les 242 pages de ce qui ressemble fort aux OEUVRES COMPLÈTES de André-Marie HAGUENOT.

Cela ressemble à un point final. 

La fin d'un long dimanche d'adolescence.

 


 

La dédicace de mon exemplaire (à Elisabeth Anduze) ressemble à ces commentaires du sportif battu qualifiés de "lucides" par la presse sportive :

Ici quelque pensée - et là

rien : des blagues et de la frime !

Et tout le temps le tra-la-la

cascadeur et doux de la rime.

Le présent, chère amie, est flatteur :

c'est mon livre ! --- qui s'en soucie ?

On envoie au diable l'auteur

et, sans rien lire, on remercie !

 

La préface imprimée est dans la même veine que la dédicace intime :

Bonjour mon livre ! Te voilà

Déjà prêt pour le grand voyage !

Brise fraiche, ciel sans nuage,

Et tu chantes le tra-la-la !

...

Si la critique est un vautour,

L'indifférent est plus à craindre :

Mieux vaut du mal qu'on a reçu

S'enorgueillir ou bien se plaindre

Que de passer inaperçu.

 

Plus d'un siècle après, j'ai un peu l'impression de tirer, doucettement, Haguenot de l'inaperçu.

 

Ou plutôt l'oeuvre littéraire d'Haguenot, puisque, bon an mal an, il y a encore quelques lecteurs pour ses textes historiques.

Comme celui de sa réception, le 15 janvier 1900 ( 3 mois avant sa mort) à l'Académie des Sciences et lettres de Montpellier : Une famille de médecins à Montpellier (de 1605 à 1818),  récit de sa saga familiale.

Ou bien, prononcée le 30 janvier 1900 (l'échéance fatale se rapproche encore) et aussitôt éditée, sa conférence à la Société d'Aviculture de l'Hérault sur Les Oiseaux chez La Fontaine qui s'amuse et nous amuse. 


 

Ainsi, lorsqu'elle a quelque contenu, la prose d'Haguenot se tient fort bien sous le regard de l'histoire.

 

Mais l'histoire ne m'avait pas attendu pour s'accrocher, griffe bec et tout, à CHIMÈRE, revue d'insolence littéraire, le grand'oeuvre d'ANDRÉ-MARIE HAGUENOT,  même s'il n'en fut peut-être qu'un spectateur privilégié.

 

 

 

 

 

 

 

 

10 novembre 2020

LE PLAN DE L'OLIVIER À MONTPELLIER : un quartier plein de chansons populaires

 

 

PLAN DE L'OLIVIER : LE QUARTIER DES BONS ENFANTS et BONS VIVANTS

   Voici, trouvées par hasard dans un recueil de chansons de colportage (elles en portent le tampon) datant de Napoléon III, quelques pages insolites.

Il s'agit de 10 chansons montpelliéraines on ne peut plus populaires.

Ecrites en occitan par et pour les habitants du quartier, elles sont toutes consacrées à la gloire du PLAN DE L'OLIVIER, ce quartier très populaire situé entre l'Université et l'Aiguillerie.

Un auteur est nommé : JONQUET, ancien campagnard, âgé de 87 ans (en 1864). Est-il l'auteur de ces 10 chansons, ou de quelques unes? 

Il est possible que les deux plus grands érudits sur la littérature occitane à Montpellier [et ailleurs], Philippe GARDY et Jean-Frédéric BRUN les connaissent, toutes ou certaines. Comme ce n'est pas mon cas, je vais les "publier". 

Elles forment deux petits cahiers in-12°  imprimés par MALARET, typographe et lithographe, 9 place Louis XVI [Marché aux fleurs] à Montpellier. Thomas Alphonse Malaret ne fut imprimeur que de 1861 à 1869 et n'a pas laissé beaucoup de traces. Rendons lui au moins ces modestes feuillets, destinés à être colportés à tous vents et que le vent a emportés. 

Je ne ferai pas de commentaires sur la langue et la graphie. N'importe quel universitaire doit tomber en syncope, ou pire,  à leur lecture. La langue est dégradée, à peine requinquée à tout bout de vers par des gallicismes éhontés. La syntaxe est totalement erratique, et l'orthographe n'a aucune cohérence, le même mot pouvant être écrit de plusieurs façons (et jamais la "bonne") dans le même texte. 

Mais c'est le reflet de la langue parlée dans ces vieux quartiers montpelliérains : un fossé est déjà creusé entre le peuple et, disons, la Revue des Langues romanes qui paraît en même temps que ces textes. Ces deux mondes ne se connaissent plus, ne se fréquentent plus, et ce n'est pas Mistral qui y changera quelque chose. C'est d'ailleurs ce que dit une chanson, en parlant de l'autre patois : L'aoutré és un patouès sérious / Aco fay pas l'affayré. 

Je voudrais juste faire quelques remarques sur ces chansons. 

1 -  Il n'y est jamais question ni de politique ni de religion. Nous savons par ailleurs que ces quartiers sont catholiques et royalistes : il n'en apparait rien dans ces couplets. 

2 - Il serait vain d'y chercher une quelconque poésie. Mais si la poésie (la notre) est absente du texte, elle est présente, O! combien, dans l'acte de les écrire. Que le vieux Jonquet, ancien campagnard, se mette à écrire à 87 ans, c'est plus fort en poésie que la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie, comme dirait l'exact contemporain, Lautréamont. 

3 - Une rengaine traverse tous les textes : nous sommes le quartier des BONS ENFANTS, ou des BONS VIVANTS.  C'est l'image que ce vrai populo se fait de lui-même. 

4 - J'ai fait une traduction le plus mot à mot possible. D'une part, ce n'était pas le lieu de faire de la littérature, d'autre part j'étais parfois incapable d'enlever le flou et la confusion, ou de préciser un sens que je ne comprenais pas : une traduction littérale m'évite de faire semblant d'avoir compris.

Voici ces CHANTS JOYEUX

L'INDUSTRIA D'AOU PLAN DÉ L'OULIVIÈ.

L'INDUSTRIE DU PLAN DE L'OLIVIER

Lou plan dé l'ouliviè
Es un bon quartier,
Ounté tout prouspéda
Aven beou régarda ;
N'appercéven pas
Michanta manièra
Toutés soun bon amis,
Car entré vésis
Chacun béi soun fréra ;
Din nostré beou séjour
Nous renden toutes à la cour. 

Le Plan de l'Olivier
Est un bon quartier
Où tout prospère
On a beau regarder
On n'aperçoit pas
De méchante manière
Tous sont bons amis
Car entre voisins
Chacun voit son frère ;
Dans notre beau séjour
Nous nous rendons tous à la cour.

Campagnards artisans,
Toutés partisans,
Dé carnavalada ;
A qui nous amusan
Touchour en cantan,
Passan la veyada ;
Et dé sé qué disen
Toutes né risen,
Acos chaqua annada ;
Quand nous sen divertis,
Nous quittan toutès bons amis

Paysans artisans
Tous partisans
De la cavalcade ;
Ici, on s'amuse
Toujours en chantant
Nous passons les veillées
Et de ce qu'on dit
Tout le monde rit,
Ceci chaque année ;
Quand on s'est diverti
On se quitte tous bons amis.

Nostré Rey ès charmant
Embè soun air grand,
Amay respectable ;
Ordonna en riguèn,
Es bon, és pruden
Touchour és aymablé,
E chaqua courtisan
A un air galant,
Touchour agréablé
Nostrès grands oufficiès,
Touchour fan observa la pais.

Notre Roi est charmant
Avec son grand air
Et aussi respectable ;
Il commande en riant
Il est bon, il est prudent
Toujours il est aimable
Et chaque courtisan
A l'air galant,
Toujours agréable
Nos grands officiers
Font toujours observer la paix.

Nostrés bons habitans
Lou beïda à la man,
Aymou la bouteilla
Sé donou un paouquet
Lou cop dé toupet.
Daou chus dé la treia
Car l'aymou pas ben ion
Surtout quand és bon ;
Per caouffa l'aoudeia,
Alors viva Bacchus
Qué fournis d'aquel tant bon jus.

Nos bons habitants
Le verre à la main,
Aiment la bouteille
Ils se donnent un peu
Le coup de [toupet?] .
Du jus de la treille
Car ils l'aiment pas trop loin
Surtout quand il est bon
Pour chauffer les oreilles
Alors vive Bacchus
Qui fournit un si bon jus.


Faou beydé en cantan,
Dé métrè en avan
Nostras cousinièidas.
An souen dé soun local
Aymou lou trabal,
Et soun oustaieidas ;
A ellas nous fisan,
Perqué rémarquan
Qué soun las premieidas
A voudré partacha,
Lou faï qué faou toutés pourta.

Il faut voir en chantant
De mettre en avant
Nos cuisinières.
Elles soignent leur maison
Aiment le travail
Et son ménagères ;
Nous nous fions à elles
Parce que nous remarquons
Qu'elles sont les premières
A vouloir partager
Le fardeau qu'il faut tous porter.

 

    Enfin s'anan pus ion, 
Pouden didé quiqu'on
Dé soun endustria ;
Trafiquéchou sus tout,
Et touchours aou bout 
A l'économie ;
Car dins touta oucasioun, 
Bon sen et résoun, 
Aco touchour bria. 
Vendré ou acheta 
Pertout sé savou arrencha.

Enfin si on va plus loin,
On peut dire quelque chose
De leur industrie ;
Elles trafiquent de tout
Et il y a toujours au bout
Une économie ;
Car en toute occasion
Bon sens et raison
Sont toujours brillants.
Vendre ou acheter
Elles savent toujours s'arranger.

Sen en trin à canta
Caou pas oublida,
Nostras campagnardas ;
Las bésou pas aou bal,
Sibé aou traval
Qué las ten gaillardas,
L'estiou amay l'hiver
Touchour aou grand air ;
Ban usa sas fardas,
Endudou las sésous
D'aou grand frech et grandes calous.

Nous sommes en train de chanter
Ne l'oublions pas,
Nos campagnardes.
On ne les voit pas au bal
Mais au travail
Qui les maintient gaillardes.
Eté comme hiver
Toujours au grand air
Elles usent leurs fringues,
Elles endurent les saisons
Des grands froids aux canicules.

L'hiver à gavella
Ou à ramassa,
Dé bonnas herbétas ;
L'éstiou à rastella,
Ou ana cerqua
Dé cagaraoulettas.
Et lou mati crida,
Bénès m'achetta,
Semblou des mourguettas.
Aou bon, aou michant tens
Sé donnou fossa mouvément.

 
L'hiver aux sarments
Ou à ramasser
Des fines herbes ;

L'été à ratisser
Ou à aller chercher des escargots 
Et crier le matin
"Venez m'acheter".
On dirait des mourguettes.
Au bon, au mauvais temps
Toujours en mouvement.


 Cette chanson montre d'abord l'ambiance du quartier des bons amis, roi de la fête en tête. Les quatre dernières strophes partent d'un bon sentiment : montrer que les femmes du quartier sont sérieuses , travailleuses, courageuse, et ... industrieuses, c'est à dire capables de faire argent de tout. Paroles d'homme...

 

LOU NOBLÉ CAMPAGNARD

Le noble campagnard

Air :  Cultiven la planta.

 

En souégnen la bella planta,

Dé nostré biel ouliviè.

Célébren la cour brianta,

Qués la choïa daou quartier.

Din l'hiver en assemblada

Nous véjaqui réunis ;

E la cour és coumpaousada,

Dé bons vésis et amis. (bis)

 En soignant la belle plante

De notre vieil olivier

Célébrons la cour brillante

Qui est la joie du quartier.

Dans l'hiver en assemblée

Nous voici réunis ;

Et la cour est composée

De bons voisins et amis.

 

La cour ou la cavalcada

Nous amusa caouqué tens ;

Lou souer après la journada

Ianan passa un moumen,

A qui on ris on sé vanta

Nia qué fan quaouqués discours,

Et lou pus souven on canta ;

Mais aco és chaqua jour. (bis)

La cour ou la cavalcade

Nous amuse quelques temps ;

Le soir après la journée

Nous allons y passer un moment ;

Ici on rit, on se vante

Il y en a qui font des discours,

Et le plus souvent on chante ;

Mais ça, c'est tous les jours.

 

Nous travestissen per ridé,

En habilés courtisans.

Mais alors pouden vous diré,

Qué faou estré bons enfans ;

Car nous empadan das titres,

A l'usaché d'una cour.

E dé tens en tens lous litrés

Animoun nostrés discours.  (bis)

On se déguise pour rire

En habiles courtisans.

Mais alors on peut vous dire

Qu'il faut être bons enfants,

Nous nous emparons des titres

A l'usage d'une cour.

Et de temps en temps les litres

Animent nos discours.

 

D'aquéles noums dé noblessa

Chacun n'ai pren sa pourtioun.

Lous viels amay la jouynessa,

Sen abiou san façoun,

L'un és couten dé soun grada

Un paou après nou és pas ;

L'aoutré bay en embassada,

Aqui sé fay respecta. (bis)

De ces titres de noblesse

Chacun prend sa portion.

Les vieux et même la jeunesse

S'en habillent sans façon.

Celui-ci est content de son grade

Un peu plus tard il ne l'est plus ;

L'autre va en ambassade

Ici il se fait respecter.

 

Souciétat fort noumbrousa,

E tout d'hommes à talan,

Assouciatioun jouyousa

En riguen nous assemblan.

On recounouy lou chénia

Qués aqui organisat.

Et l'adressa, l'industria,

Tout acos iès coumplicat. (bis)

Société fort nombreuse

Et toute d'hommes de talent

Association joyeuse

En riant nous nous assemblons

On reconnait le génie

Qui est ici organisé.

Et l'adresse, l'industrie

Tout ça  y est compliqué.

 

Fraternitat labouriousa,

Lou traval nous réjouis

Coumma assemblada jouyousa,

Lou plési nous réunis.

Sen tous decidas à ridé,

Bons vivans jamay chagrins ;

Mais cépendan vous caou didé,

Qu'éloignan lous libertins. (bis)

Fraternité travailleuse

Le travail nous réjouit

Comme assemblée joyeuse

Le plaisir nous réunit.

Tous sont décidés à rire

Bons vivants jamais chagrins;

Mais cependant il faut vous dire

Qu'on éloigne les libertins.

Réunioun amusanta,

Mais acos pas un hazard.

Encada pus éléganta,

Las fennas ié prénou part

Touchours ellas embellissou,

Tout cé qué l'on entrepren ;

Mais alors sé divertissou

San s'éscarta dé soun ren. (bis)

Réunion amusante

Ce ce n'est pas par hasard.

Encore plus élégantes

Les femmes y prennent part

Toujours elles embellissent

Tout ce qu'on entreprend ;

Mais elles se divertissent

Sans s'écarter de leur rang.


Cette chanson est très morale. Nous y découvrons une fraternité de travailleurs bons vivants. Mais attention : toute idée de libertinage est bannie. Bien sûr, les femmes savent se tenir, mais, pour plus de sureté, les libertins mâles sont cordialement éloignés.


AMITIÉ JOUYOUSA

                                     Amitié joyeuse.

 

Dins Mounpéiè

Nostré quartié,

Touchour à perména soun oulivié.

Es ressagut

Comma sé ièda nasqut

Es tan poulit,

Quant és ambé tout soun fruit.

Et lous courriès

Qu'announçou la pais

On lous bei paras dé gréls d'ouliviès (bis)

Dans Montpellier

Notre quartier

A toujours promené son olivier

Il est reçu

Comme s'il y était né

Il est si beau

Quand il porte tous ses fruits.

Et les courriers

Qui annoncent la paix

On les voit parés de rameaux d'olivier.


Faou coummença

Per salua,

Lous amis qué bénou nous visita.

Saven assez

Qués per plési qué bénez

Vous amusa,

A nous entendré canta

Nostrés couplès.

Qué répétadés

Esaiqué longtens vous amusadés. (bis)

Il faut commencer

Par saluer

Les amis qui viennent nous visiter.

Nous savons bien

Que c'est par plaisir que vous venez

Vous amuser

A nous entendre chanter

Nos couplets

Que vous répéterez

Et sans doute vous vous amuserez longtemps.

 

Parlen un paou

Diguen sé faou,

Qué la pais habita din chaqua oustaou.

Chouynès et biels

Toutés dé bons natudels ;

L'habitatioun,

Qués de bona pousitioun,

Vous charmara

Et nous fay canta,

Qué nostré ouliviè touchour briada.  (bis)

Parlons un peu

Disons s'il faut

Que la paix habite chaque foyer.

Jeunes et vieux

Tous de bon naturel.

L'habitat

Qui est bien placé

Vous charmera

Et nous fait chanter

Que notre olivier brillera toujours.

Touchours unis

Nostré pays,

Renoumat coumma quartier das amis ;

Bloundins ou bruns

Toutés né fasen pas qu'un.

Aven aymat

La douça fraternitat.

Nostra unioun

Nous fay un rénoun,

Quès lou plézi dé tout nostré enviroun.  (bis)

Toujours unis

Notre pays

Renommé comme le quartier des amis;

Blonds ou bruns

Tous nous ne sommes qu'un.

Nous avons aimé

La douce fraternité.

Notre union

Fait notre renom

Et le plaisir de tout notre entourage.

Lou beou païs

Ounté tout ris,

E quiés envirounat de bons vésis ;

Lous habitants

Soun toutés dé bons vivans,

Et l'air risen

Yé ban naturellament.
Païs chouyous

Tout  dé bons garçous,

L'habitant paisiblé yé viou hérous.  (bis)

Le beau pays

Où tout sourit

Et qui est environné de bons voisins;

Les habitants

Sont tous des bons vivants,

Et l'air rieur

Leur va naturellement

Pays joyeux

Tout entier de bons garçons

L'habitant paisible y vit heureux.

 

Plaisen séchour

Ounté touchour,

Toutés lous plésis yé tenou sa cour ;

L'estiou, l'hiver

Yé respidan un bon air.

Touchour noumat,

Lou père dé la santat :

Païs charmant,

ounté l'habitant,

Es oublichat a estré bon enfant.  (bis)

Plaisant séjour

Où, toujours

Tous les plaisirs tiennent leur cour ;

L'été, l'hiver

On y respire le bon air,

Toujours nommé

Le père de la santé.

Pays charmant où l'habitant

Est obligé d'être un bon enfant. 

Ces bons vivants sont bien décidés à le rester. L'olivier totémique leur impose la paix. Bruns ou blonds, jeunes ou vieux, nous sommes bons amis, toujours unis... Mais nous qui savons que ce quartier est un foyer d'agitation politique et que le fait divers y fleurit à tous les coins de rue, nous doutons, et disons : "Embrassons-nous, Folleville! "

Ces chansons sont un pays rêvé...



L'OU  BÉOU OULIVIÉ

Le bel olivier

Air :  A l'oumbra d'aou bouscaché.

 

Canten embé allégressa

Nostré béou oulivié,

Aquéla bella espèça

Embélis lou quartié,

Orna nostras countréas

Embélis lou pais,

Borda nostras alléas

es dé nostrés amis.  (bis)

 

Chantons avec allégresse

Notre bel olivier

Cette belle espèce

Embellit le quartier,

Orne nos contrées

Embellit le pays

Borde nos allées

C'est un de nos amis.

 

L'oulivié pacifiqué

Nous padés fort ancien,

E faou qué bous espliqué

Sé qué lous biels dizien,

Dessus aquesta terra

Quan tout és en bigou,

Sé pu béou d'una serra

es l'oulivié en flou.  (bis)

 

L'olivier pacifique

Nous parais fort ancien,

Et il faut que je vous explique

Ce que les vieux disaient

Sur cette terre

Quand tout est vigoureux

Que plus beau qu'une serre  [???]

Est l'olivier en fleur.

 

Es déssus soun brancaché

Qué l'habitan dé l'air,

Ben faidé soun ramaché

E soun poulit councert,

Dessus soun béou fioïache

Chacun ié faï sa boués,

A l'abri dé l'oudaché

Toutes cantou en pais.  (bis)

 

C'est sur ses branches

Que l'habitant de l'air

Vient faire son ramage

Et son joli concert

Dessus son beau feuillage

Chacun y tient sa voix

A l'abri de l'orage

Tous chantent en paix.

 

Din lou printen can nisou,

Aquélés aousélous,

Aqui sé réproduisou

En canten sas cansous,

Après sas sédénadas

Dins un nis arroundit,

Counfiou sa nisada

A soun aoubré chédit.  (bis)

 

Au printemps quand nidifient

Ces petits oiseaux

Là ils se reproduisent

En chantant leurs chansons

Après leurs sérénades

Dans un nid arrondi

Ils confient leur nichée

A leur arbre chéri.

 

Bél aoubré qué nou donna

Sa charmanta liquou,

Touta lenga la prona

Surtout per sa douçou,

Ella nous assesouna

Toutés nostrés ragous,

La fritura es miouna

Tant ié donna bon gous.  (bis)

 

Bel arbre qui nous donne

Sa charmante liqueur ;

Tous les peuples la prônent

Surtout pour sa douceur.

Elle nous assaisonne

Tous nos ragouts

La  friture est meilleure

Tant elle y donne bon goût.

 

A l'intrada d'aoutouna

Caousissen aou moulou,

L'ouliva la miouna

Per couffi aou sabou,

La luca, la berlada

L'amenlaou dé pais,

Rouchetta ou pigala

Acos d'un gous exquis.  (bis)

 

A l'entrée de l'automne

Ils choisissent sur le tas

L'Olive la meilleure

Pour confir au savon [lessive de soude, le lessif ? ]

La luque, la Verlade

L'amandine (?) de pays

Rougette ou pigale

Qui ont un goût exquis.

 

Noutrés chens dé campagna

Amis das artisans,

La pais nous accoumpagna

E guida nostrés ans,

Occupas dé cultuda

Pouden pas ana ion,

L'oulivié nous assuda

Un abri béou et bon.  (bis)

 
 

Nous  les gens des campagnes

Amis des artisans

Le pays nous accompagne

E guide nos années

Occupés aux cultures

On ne peut aller loin

L'olivier nous assure

Un abri bel et bon.


 

CHANTS JOYEUX DU CARNAVAL DU ROYAUME DU PLAN DE L'OLIVIER POUR L'ANNÉE 1864

PAR JONQUET, ancien campagnard, âgé de 87 ans.

 

LA COUR

Air : A Saoudet lon d'aou Lez.

A Sauret au bord du Lez

 

 

Cantan nostré gran rei

Et sa nobla coumpagna,

Près dél toujour on gagna

En observen sa lei.

Diamans en cour lusissou

Et pertout éblouissou,

Dégus n'avié pas vis

Tant dé diamants unis

Dins un même païs.  (bis)

Chantons notre grand roi

Et sa noble compagne ;

Près de lui, on gagne toujours

En observant ses lois.

Diamants en cour reluisent

Et partout éblouissent.

Personne n'avait vu

Tant de diamants réunis

Dans un même pays.

 

Las bonnas qualitas

Chez el se réunissou,

Sembla qué s'accoumplissou

En cantan sous benfas.

Vayén et débonaïra

Indulgen et sévère

Un bon coumandamen

D'un air toujour counten,

Vey soun puplé risen.  (bis)

Les bonnes qualités

Chez lui se réunissent,

On dirait qu'elles s'accomplissent

En chantant ses bienfaits.

Vaillant et débonnaire

Indulgent et sévère

Un bon commandemant [gouvernement]

D'un air toujours content

Voit son peuple riant.

 

Lou rei és décidat

A marcha à la glouèra,

Et alors on espéra

Qué séra rénoumat;

D'abor couma on souhaita

Faren léou la counquetta,

Dé caouqué biel cabot

Plé d'aou bon sé cé pot

Puléou grand qué pichot.  (bis)

Le roi est décidé

A marcher vers sa gloire

Et alors on espère

Qu'il sera renommé.

D'abord, comme on le souhaite

On fera la conquête

De quelque vieux cabot

Plein de bon sens, si possible

Plutôt grand que petit.

 

Acos un rei pruden

N'aïma pas las entravas ;

Boou éloigna las cavas

Qué troublou lou bon sen ;

Mais couma la pipida

Chagrinerié la vida,

Pouden ana pus ion

Ounté lou saben bon

Sans ayga dé la fon.  (bis)

C'est un roi prudent

Il n'aime pas les entraves ;

Il veut éloigner les caves (?)

Qui troublent le bon sens ;

Mais comme la pépie

chagrinerait nos vies

On peut aller plus loin,

Où on sait qu'il est bon

Sans eau de source.

 

Courtisans rénoumas

Per vostra intelligença,

Guidas per la prudença

Tels qué sés décidas,

Aoussi nostrés ministrés

An souen dé sous régistrés

Aqui d'hommes charmants

Toutés dé bons enfans,

Récounougus per frans.  (bis)

Courtisans renommés

Pour votre intelligence,

Guidez par la prudence

Tels que vous êtes décidés

Et aussi nos ministres

Ont soin de leurs registres

Voici des hommes charmants

Tous sont des bons enfants

reconnus comme francs.

 

Citan lous sénaturs,

Très-savans et habilles ;

D'aquela gens utilles

Ven lous embassadurs,

Qué pertout embé aïsença

Fan bria sa siença,

Pertout soun aplaoudis

Illustrou soun peïs

Estounou sous amis.  (bis)

Citons les sénateurs

Très savants et habiles ;

De ces gens utiles

Viennent les ambassadeurs

Qui partout avec aisance

Font briller leur science ;

Partout sont applaudis

Ils illustrent leur pays

Etonnent leurs amis. 

 

 


DEMOISELLES DU PLAN DE L'OLIVIER

 

Air :  Gran Pater tus té siès vantat.

 

Doumaysellas daou plan de l'ouliviè,

Embelissès vostré quartiè.

Mais aoussi sès résercadas ;

Déqué vous fay résserca,

Lou bon sens qué manqua pa.

Qué pertout sés ben avisadas.

Demoiselles du Plan de l'Olivier

Vous embellissez votre quartier.

Aussi vous êtes recherchées ;

Ce qui vous fait rechercher

Le bon sens qui ne manque pas

Vous êtes bien vues de partout.

 

Jamay rés las fara rouji,

Ni amusamens ni plési.

Car és lou bon sen qué las guida;

Mais sé fay rire, riran,

Sé faou travailla iè van,

A pu près véjaqui sa vida.

Jamais rien ne les fait rougir

Ni amusement ni plaisir.

Car c'est le bon sens qui les guide ;

Mais s'il faut rire, elles riront

S'il faut travailler elles y vont

Voilà à peu près leur vie.

 

Soun iol és toujour ben séren

Tout chez ellas annonça ben.

Aou tout ia toujour la prudença,

Soun traval, soun air, soun biaï,

Poussèdou tout sé qué plaï,

Toujours lou bon sens en présença.

Leur oeil est toujours bien serein

Tout en elle s'annonce bien.

En tout il y a la prudence.

Leur travail, leur air, leur attitude,

Possèdent tout ce qui plait

Toujours le bon sens est présent.

 

Chés d'éstats las surprénou pa

A toutés podou travailla,

Brouïadas embé la paressa,

Poudou travailla per tout.

L'hounou qué pren garda à tout,

Toujour surveilla la jouïnesse.

Aucun métier ne les rebute

A tous elles peuvent travailler

Fâchées avec la paresse

Elles peuvent travailler pour tout.

L'honneur, qui prend garde à tout

Surveille toujours la jeunesse.

 

Dé principés doucés et réels

Yan fourmat dé bons naturels,

Qué vous farien aïma la vida ;

Soun air gaï et decidat,

Acos es la félicitat,

Aqui lou bon sens iè présida.

Des principes doux et solides

Ont formé leur bon naturel

Ceux qui vous font aimer la vie.

Leur air gai et décidé

C'est une vraie félicité.

Ici c'est le bon sens qui préside.

 

Réservadas naturelamen

sans sen douta précisamen,

Cépendan lous faits s'acoumplissou

Quan lous viels an décidat

Qué faou un assouciat,

Lous countraris s'évanouissou.

Naturellement réservées

Sans s'en douter précisément

Cependant les faits s'accomplissent

Quand leurs parents ont décidé

Qu'il faut un associé

Les contraires s'évanouissent.

 

Lou bon sen embé la résoun,

Chez ellas an fach unioun.

Dirigeada per la prudença

La sévèra proubitat,

Et la fièra véritat,

Iè dirijou bé sa counsiença.

Le bon sens avec la raison

Se sont unis en elles.

Conduites par la prudence

La sévère probité,

Et la fière vérité,

Dirigent bien leur conscience.




L'UNION

Air :  Aï diga la GandaIa.

 

Amis de la Veoufèra

Lou plan de l'ouliviè,

De lontemps vous révèra

Avez soun amitié,

Aquéla vièilla unioun,

Nascura dins la franchisa,

Fièra de soun rénoun,

L'amitié l'éternisa.

Amis de la Valfère

Le Plan de l'Olivier

De longtemps vous révère

Vous avez son amitié.

Cette vieille union,

Née dans la franchise

Fière de son renom

L'amitié l'éternise.

 

Las rélaciouns amigas

Naïssou dins lous plésis,

Sans soucis ni fatigas

Sen ben miou unis,

Tout nous sembla en coumun

Tant l'amitié és sencéra,

Dous né fasen pas qu'un,

L'Ouliviè la Vaoufèra.

Les relations amicales

Naissent dans le plaisir

Sans souci ni peine

Unis nous sommes mieux

Tout nous semble en commun

Tellement l'amitié est sincère

Les deux ne font plus qu'un

L'Olivier, la Valfère.

 

Nostra ferma alliança

Data despioï lontemps,

Mais surtout la coustança

La counduis toujour ben,

Durara à l'infini

Et servira dé moudéla ;

Lou bon sen lou plési

La veïra éternella.

Notre ferme alliance

Date depuis longtemps

Mais surtout la constance

La conduit toujours bien.

Sa durée sera infinie

Et servira de modèle ;

Le bon sens et le plaisir

La verront éternelle.

 

La fraternitat brïa,

Cimenta l'unioun,

Tout couma una familla

Que porta mèma noun.

Sen dous rouyaumés entiès

Qu'aven l'unioun ségura,

Sans aoutreés counseillès

Que la simpla natura.

La fraternité brille

Cimente l'union,

Tout comme une famille

Qui porte le même nom.

Nous sommes deux royaumes

Assurés de leur union

Sans autres conseillers

Que la simple nature.

 

Per la carnavalada,

Viva nostré patouès.

Ou vésès chaqu'annada,

Qués alors qué risès.

Lou patouès és tout joyous,

Et sans cesse badinayré,

L'aoutré és un patouès sérious

Aco fay pas l'affayré.

Pendant tout le carnaval

Vive notre patois.

On  voit bien chaque année

Que c'est le moment où il rit.

Le patois est tout joyeux

Et sans cesse plaisantin ;

L'autre est un patois sérieux

Qui ne fait pas l'affaire.

 

 

LA SALADA

Air  : A l'oumbra d'un bouscaje.

 

En lengua maternela

Cantan lou carnaval,

E lou bon sens apella,

L'adressa aou trabal

Aquel ancien lengaché

Qué nous réjouira,

Embé soun badinaché

Lontemps amusara.

En langue maternelle

Chantons le carnaval,

Et le bon sens appelle

L'adresse au travail.

Ce vieux langage

Qui nous réjouira

Avec son badinage

Longtemps amusera.

 

A certaina época

Faou ana amassa,

Salada déla broca

Qué vous réfréscara.

Sicoureïra couada

Qué donna l'apétis,

Sembla la préférada

Toujour on la caousis.

A certaines époques

Il faut aller cueillir

Le pissenlit à la buche

Qui vous rafraichira.

Chicorée renouée

Qui donne l'appétit

Sans doute la préférée

On la choisit toujours.

 

Mais aïssi la douceta

Qué ten lou premiè ren,

Aquéla ansaladéta

Lou moundé l'aïma ben

Et l'aoutra ansalada,

das bons é beous creyssous

Qués aoutan réserquada

Qué las das répounchous.

Mais voici la doucette [mache]

Qui tient le premier rang

Cette saladette

Tout le monde l'aime bien

Et l'autre salade

Du bon et beau cresson

Qui est aussi recherchée

Que celle de raiponce.

 

L'herba ansaladéta

Qué noumou anitor,

Es toujour frisadéta

E nous couven d'abor,

Teragrepia prounada,

Es un for bon mangea

Avan estré lavada

La faou un paou tria.

L'herbe en salade

Qu'on appellen nasitort[2]

Est toujours frisée

Et nous convient d'abord ;

Tere-grepia pronée

Est un bon aliment

Avant de la laver,

Il faut bien la trier.

 

Souègnen nostr'ansalada

Per né fayré d'archen.

Quan és ben préparada

Cridan dé tens én tens

Dansaladeta fina,

Caou ven nous éstréna,

Ia maï d'una visina

Qué ven per acheta.

Soignons bien nos salades

Pour faire de l'argent.

Quand elle est bien préparée

Crions de temps en temps

Des saladettes fines

Qui veut nous étrenner[1]

Il y a plusieurs voisines

Qui viennent en acheter.

 

Permenan la campagna

Pas san nous alassa ;

Sé la ploja nous bagna

Nous la faou endura,

Aquelas prouménadas

Soun dé frech et dé caou,

Pas jamaï terminadas

Per lou ben sans lou maou.

Promenons en campagne

Sans nous lasser ;

Si la pluie nous mouille

Il nous faut l'endurer,

Ces promenades-là

Se font par chaud ou froid

On n'en finit jamais

Pour le bien sans le mal.




CARNAVAL

Air  : Toun païra era piqur

 

Nostre ancien carnaval

Chaqu'an se renouvela

San saoupre dounte ven ;

E alors que risen,

La joïo, lous plésis,

Pertout soun espandis,

E van d'un pas égal

Embé lou carnaval.

Notre ancien carnaval

Se renouvelle chaque année

Sans savoir d'où il vient.

Et alors qu'on rie

La joie et les plaisirs

Se répandent partout

Et vont d'un pas égal

Avec le carnaval.

 

Lou ten de carnaval

Es bé lou ten de riré ;

E quan lou moundé ris

Es alors qué jouis.

Sembla que lous plésis

S'emparou daou péys,

E chacun en riguen

Nous prouba qués counten.

Le temps du carnaval

Est bien le temps de rire ;

Et quand le monde rit

C'est alors qu'il jouit.

On dirait que les plaisirs

S'emparent du pays

Et chacun en riant

Nous prouve qu'il est content.

 

Malgré nostré patouès

Lou mounde ven en foula

Envirouna la cour,

E acos chaque jour ;

Sé vénou amusa

A entendré canta.

Daou divertissémen

Chacun s'en vaï counten.

Malgré notre patois

Le monde vient en foule

Environner la cour,

Et ceci chaque jour ;

Ils viennent s'amuser

A entendre chanter.

Du divertissement

Chacun s'en va content.

 

On sap que carnaval

es paren de la joïa :

A riré, badina

Chamaï s'alassa pa ;

Famous divertissan,

Toujour ris de soun plan ;

Chusqu'à se que dourmis

Ris ou se divertis.

On sait que carnaval

Est parent de la joie :

A rire, badiner

Ils ne se lassent jamais ;

Fameux fêtard

Rit toujours de son plan

Jusqu'à l'heure de dormir

Il rit et se divertit.




LES BLANCHISSEUSES DU PLAN DE L'OLIVIER

Air  : La tounaïeira l'autré chour.

La tonnelière l'autre jour

 

Las savounayras d'aou quartié

Dé nostré plan dé l'oulivié,

Soun toutas escarabiadas

Nan pas lou temps d'estré laïadas ;

Perqué savou qué son traval

Entrena fossa dé baral.

Les savonneuses du quartier

De notre Plan de l'Olivier

Sont toutes dégourdies

Elles n'ont pas le temps d'être fatiguées

Parce qu'elles savent que leur travail

Entraine beaucoup de tracas

 

Lou mati portou soun paquet

Qué iè faï doouré lou coupet,

Et l'hiver embé la fresquièa

Quan faou intra din la rivièra

Per ana soufri las doulous,

Qué caousou aquéles glaçous.

Le matin, elles portent leur paquet

Qui leur fait mal à  la nuque

Et l'hiver avec les frimas

Quand il faut entrer dans la rivière

Pour aller souffrir les douleurs

Que causent ces glaçons.

 

Quan tout lou jour en travaïat

De fés lou souer n'es pas sécat,

Alors faou l'empourta humide

Quan nés pas sec nés pas liquide,

Et pioï lou souci de loustaou

Aco n'adoucis pas lou maou.

Quand tout le jour elles ont travaillé

Des fois le soir ce n'est pas sec

Alors il faut l'emporter humide

Quand il n'est ni sec ni liquide,

Et puis le soin de la maison

N'adoucit pas leur tourment.

 

Per saouba las cambas daou frech

Faou qué lou débas tengué drech

Couma lous dé las bugadièras

Qué tenou sans jaretièras,

Et disen tout plésentan

Faou qué siègou dé feréblanc.

Pour sauver leurs jambes du froid

Il faut que les bas tiennent droit

Comme ceux des lavandières

Qui tiennent sans jaretières

Et on dit en plaisantant

Il faut qu'ils soient en fer blanc.

 

Lou souer arrivan à l'oustaou

N'aven pas lou mendré répaou,

Perqué faou rendré et ana quèré ;

Ma foué faouriè estré dé fèré ;

Encara sé voulen soupa

Faou l'ana quèré et l'apresta.

Le soir arrivant à la maison

Il n'y a pas le moindre repos

Parce qu'il faut rendre et aller chercher [le linge ]

Ma foi, il faudrait être de fer

Et puis si on veut le souper

Il faut aller le chercher et le préparer.

 

Quaouquas fés aven un enfan

Qué souven és un paou michan,

La mèra nés pas trop countenta

Car dins lou temps qué l'alimenta,

Lou lingé sé savouna pas

Mais pot pas l'entendré ploura.

Quelquefois on a un enfant

Qui souvent est un peu méchant

La mère n'est pas trop contente

Car du temps qu'elle le nourrit

Le linge ne se savonne pas

Mais on ne peut pas le laisser pleurer.

 

Nous iè caou faïdé un abri

Qués pas lou pe pichot souci,

Alors fasen una cabana

A l'abri dé la trémountana,

Per empacha lou ven d'aou nord

Dé pénétra jusqu'a soun cor.

Il nous faut faire un abri

Ce n'est pas un petit souci

Alors faisons une cabane

A l'abri de la tramontane

Pour empêcher le vent du nord

De pénétrer jusqu'à son corps.

 

 

 







 

 


 











[1] - Etre le premier acheteur.

[2]  - Lepidium graminifolium,  cresson orlénois, que Rabelais nomme "la couille à l'évesque".