8 août 2026

François MITTERRAND : LES PRISONNIERS de GUERRE article paru à Montpellier en octobre 1945 dans le journal LE TIGRE


Voici un très riche article de FRANÇOIS MITTERRAND sur la sociologie politique des prisonniers de guerre en 1945.

Il est publié à Montpellier dans le journal LE TIGRE du 10 octobre 1945.

Les exemplaires de ce journal sont rarissime (aucune collection complète). Comble de malheur : la Médiathèque de Montpellier, qui possède quelques dizaines de numéros, renvoie avec une fantaisie certaine sa consultation numérique à des images de kung-fu...! 

Je donnerai dans une notice distincte l'analyse des quelques exemplaires en ma possession et de leurs auteurs. 

Voici déjà quelques précisions sur cet hebdomadaire : 

LE TIGRE

Au service des prisonniers - Pour perpétuer l'esprit des camps.

Devise en référence à Clemenceau : Il se fit l'apôtre d'une formule : Je fais la guerre. À cause de son esprit que chacun redoutait, on l'appela le Tigre . 

 

À partir de mars 1946 la référence aux prisonniers disparaît totalement du sous-titre qui devient :

Politique - Littéraire - Artistique - Satirique

LES HOMMES LIBRES LISENT LE TIGRE (répété 12 fois ! )

 

Direction, rédaction, administration, publicité. 25 Grand Rue, Montpellier.

139 Bd Saint-Michel, Paris, 5e

Directeur :  François MALRIC.

Gérant : Paul GABINSKY

Imprimerie : Causse Graille Castelnau, Montpellier

6 pages format journal (8 pages fin 1946)

 

Parait de septembre 1944 à début 1947

(Les occitanistes noteront, j'espère, l'importante collaboration au journal 

de Charles CAMPROUX et de Robert LAFONT).   

 Revenons à MITTERRAND (que Le Tigre écrit MITTERAND)

François Mitterrand a été fait prisonnier de guerre en Allemagne le 14 juin 1940 près de Verdun après avoir été blessé. Il passe environ 18 mois en captivité  avant de réussir à s'évader en décembre 1941

Dès le 15 août 1942, François Mitterrand et plusieurs camarades évadés se réunissent secrètement à Montmaur (Drôme) pour jeter les bases d'une action collective d'entraide et de contestation 

En janvier 1943, Maurice Pinot (chef du Commissariat général aux prisonniers) est limogé par Pierre Laval car il refuse de cautionner la politique collaborationniste de la « Relève ». Mitterrand et ses alliés démissionnent par solidarité et officialisent la création clandestine du RNPG au printemps 1943

Sous son impulsion, le RNPG fusionne le 12 mars 1944 avec le Comité national des prisonniers de guerre (pro-communiste) et le Rassemblement des prisonniers de guerre (gaulliste) pour fonder le MNPGD

Le Tigre sert de tribune au leader politique en devenir : François Mitterrand, alors président du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) qui s'oppose au ministre FRENAY, y signe le 10 octobre 1945 un article crucial intitulé « Les prisonniers devant les élections, contre une politique du souvenir ». 

Plus tard, François Mitterrand a été ministre des Anciens combattants et des Victimes de guerre du 22 janvier 1947 au 26 juillet 1948 au sein de la IVe République (gouvernements Ramadier et Schuman). 

C'est donc en tant que Président du MNPGD qu'il intervient ici.  

Voici le texte de cet article. Je n'ai pas besoin de le commenter, je me suis juste permis de mettre en gras quelques passages. 

Disons que Louis Signoles, qui sera un animateur socio-culturel important dans l'Aude de l'après-guerre regrettait dans un grand article que les Prisonniers n'aient pas franchi le Rubicon d'un engagement politique commun et solidaire sur les élections à l'Assemblée Constituante.  

Journal LE TIGRE, Montpellier. Article François MITTERRAND

 

FRANÇOIS MITTERRAND.

LES PRISONNIERS DEVANT LES ELECTIONS.

CONTRE UNE POLITIQUE DU SOUVENIR.

REPONSE A MONSIEUR LOUIS SIGNOLES.

(Paru in : Journal Le Tigre. Au service des prisonniers. Pour perpétuer l'esprit des camps. Numéro 34. 10 octobre 1945.)

 

 

L'article de Louis Signoles m'a touché comme il a dû toucher beaucoup des nôtres. Le Rubicon n'est pas franchi. Les prisonniers de guerre n'iront pas en bloc homogène à la Constituante. Ils doivent renoncer à leur vieux rêve de bouleverser d'un coup l'échiquier politique en apportant dans la nation les fruits de leurs expériences et de leurs méditations.

Ce que Signoles écrit, beaucoup le pensent avec lui. Nombreux sont les témoignages qui me sont parvenus et qui marquent à la fois l'inquiétude et l'espoir des rapatriés. Et pourtant, ni Signoles ni mes autres amis ne m'ont convaincu. Le Rubicon n'est pas franchi parce qu'il n'y a pas de Rubicon.

Qui donc pouvait raisonnablement compter sur la Fédération pour mener les prisonniers de guerre à la bataille électorale? Cette fédération groupe près d'un million d'hommes. Ces hommes ont passé au travers des mêmes épreuves et des mêmes espérances, mais leur communauté reste sentimentale et une politique ne se fonde pas sur des souvenirs partagés. Il y a un mythe des prisonniers de guerre. Comme il y a un mythe de la Résistance, comme il y eut un mythe des anciens combattants. Ce mythe consiste à croire que la souffrance demeure plus forte que la vie. Et peut continuer d'unir ce que la vie divise.

Mais à ce mythe, s'en est ajouté un autre. Le mythe de l'unanimité. Depuis plus d'un an. La France est atteinte d'une étrange maladie. On camoufle les haines, les querelles, les antagonismes. Sous le couvert de l'humanité. Pourtant, on le connaissait le coup de la Chambre Bleu horizon! Et le résultat est clair. Il suffit d'aller voir du côté du M.U.C. de l'U.D.S.R. et maintenant du Front National pour comprendre combien des hommes capables de se faire tuer ensemble ont de la peine à vivre sans se battre ?

Le monde présent est animé par deux ou trois grandes idées. Peu importent la condition, l'origine, le milieu, d'où sortent ceux qui les défendent. Elles seules suscitent l'enthousiasme ou le mépris, ou la haine. Prisonniers de guerre, résistants, hommes de toutes sortes doivent se séparer au gré de ces idées. Et s'ils ne le font pas, s'ils veulent maintenir d'artificielles harmonies, ils se condamnent à la stérilité. La Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre a été bien avisée à mon sens de refuser l'arène. Elle se serait disloquée sans profit pour quiconque.

Est-ce à dire qu'il n'y a rien à faire ? Est-ce à dire que les prisonniers de guerre s'égailleront sans avoir exprimé leurs conclusions communes ? Sans avoir agi politiquement ? Non seulement je ne le crois pas, mais encore, je serai de ceux. qui feront tout pour que cela ne soit pas.

Mais à deux conditions : la première c'est que l'on en finisse avec le mythe d'un esprit prisonnier, propriété indivise de tous ceux qui connurent les camps. La seconde, c'est que l'on en finisse avec le mythe de l'unanimité nationale.

Tout ce qu'écrit Louis Signoles sur le sens de notre action future, je le pense. Oui, il faut aider le pays à sortir de son marasme, de son hébètement, de sa paralysie. Oui, il faut garantir les libertés nécessaires, défendre sa dignité de travailleur, exiger l'application immédiate des réformes de structure et la suppression des oligarchies malfaisantes. Mais cela se fera seulement dans la clarté, dans le combat, dans la certitude d'une bataille à livrer.

Que les prisonniers de guerre soient les instigateurs de nouveaux rassemblements, cela correspond sûrement à la volonté d'un grand nombre des nôtres. Lequel d'entre nous ne se sent mal à l'aise devant les vieilles constructions des partis actuels. Mais ils ne devront pas le faire repliés sur eux-mêmes. Ils devront faire appel à tous ceux qui dans la nation ont définitivement rompu avec les méthodes, les structures, les formes, les habitudes d'esprit de 1939.

On l'appelait Démocratie cette roulotte fatiguée de la IIIe République. On l'appelait égalité, ce nivellement de toutes les valeurs. On l'appelait fraternité, cette rancœur recuite qui embaumait nos Parlements. On l'appelait Liberté ce droit du pauvre à mourir dans sa dernière misère.

Qui veut recommencer ? Ne vous inquiétez pas. M Daladier ira à la Constituante et nous n'y serons pas. Ah certes, Louis Signoles, vous avez raison. Mais il vous reste à faire avec nous une autre route que celle que vous regrettez. Il vous faudra choisir. un autre Rubicon.

Et partir avec ceux qui sauront le vouloir vers la conquête mûrie, sans équivoque et sans ambages d'un pouvoir politique qui ne saurait s'accommoder d'une musique sentimentale pour le temps des cerises.

Et savoir rejeter s'il le faut le poids des souvenirs.

 





Siège du journal LE TIGRE, 25 Grand Rue, Montpellier, 1944_1947


1 avril 2025

LE CAVEAU DU DIX : un atelier littéraire à Montpellier en 1894


 


1894 Au début, presque : le Caveau du Dix  

  



L’Undergroud ?

Tout commence dans des caves, le miscellium fait réseau dans l’ombre, les revues vont pousser comme des champignons. C’est par cette phrase que j’aurais aimé commencer la saga des revues littéraires de Montpellier.

Hélas, elle est fausse. Il y a d’abord eu des écrivains écrivant, il n’y a eu qu’ensuite ce  Caveau du Dix  si pittoresque.

Et après tout, tant mieux. Que ce démarquage du Chat Noir parisiano-montmartrois n’ait pu s’implanter ici que parce qu’une véritable vie littéraire existait, c’est parfait. Et que le Caveau du Dix n’aie jamais dépassé vraiment la pochade étudiante, c’est encore mieux. En fait, il s’agit de transposer à Montpellier l’esprit des caveaux, des cabarets ou des beuglants parisiens. Pour singer Paris sans ridicule, il faut beaucoup de rigolade. Les vraies œuvres étaient ailleurs.

 

Le Caveau du Dix

Dix-sept étudiants se réunissent pour s’adonner "au culte de l’art et à l'émancipation de l'esprit artistique". Comme les premières réunions ont lieu dans la cave de l’un d’eux (Joseph Maux) au 10 de la rue Mareschal, ils se baptisent  Le Caveau du Dix..


Le Caveau du Dix déménagea un temps chez Paul Redonnel (qui est, avec Joseph Loubet, le contemporain capital à Montpellier ), mais très vite, comme pour justifier malgré tout son nom, il trouva son dernier refuge 10 place Saint-Côme, dans l’arrière salle en sous-sol d’un café de quartier où on avait péniblement descendu un piano. 

A noter que Paul Redonnel, même lorsque le Caveau s'est réuni chez lui 4 bd Renouvier ne participe jamais activement aux séances.  



 

Chronologie

Huit soirées sont attestées, allant d’octobre 1894 à mars 1895. Première séance en octobre 1894, puis les 3 et 24 novembre, 16 janvier 1895, 8, 15 et 25 février, 6 mars. Un long hiver très occupé. Mais en dehors des grandes séances, les membres semblent s’être réunis très régulièrement le vendredi.  Dès le 16 janvier 1895, le Caveau est menacé. On l’accuse de corrompre la jeunesse et on lui demande de “boire la ciguë”. Pourtant, il y a encore au moins quatre séances publiques. Mais, soit que la pression se fasse trop forte, que les examens se rapprochent, ou que la fatigue se fasse sentir, soit que la naissance de  La Coupe dont le numéro 1 sort en mai mobilise les meilleures énergies, le caveau cesse ses activités début mars 1895.


Fonctionnement, règlement 

Tout d'abord, pleurons sur ce triste temps qui exclue les femmes du Caveau, et constatons sereinement que la prolifération des sociétés genrées défie le temps. 

Quand au recrutement de mineurs, ben...  c'est non, mais...

Les réunions, publiques ou privées, ont lieu le vendredi. Un "massier-président" essaie de rattraper l'ordre lorsque celui-ci s'envole. Sinon, on vote... 

Ah! On préfère la Liberté aux Insignes et autres marques extérieures d'appartenance. Incognito, caviste ! 

 


 



 

Responsables

Des dix-huit (ou dix-sept, Guigues parti tôt) membres à part entière, nous n’esquisserons que des ombres. Certains ne font que passer. Les autres, la majorité, nous les recroiseront ailleurs et souvent, écrivains ou écrivaillons, meneurs de revues (littéraires) jusqu’à la guerre de 14. De là à pouvoir dessiner des vraies silhouettes?

Ce sont des hommes jeunes. Je crois qu'ils sont tous étudiants, issus de milieux aisés et/ou intellos. Ils seront artistes, avocats, médecins, ou pharmaciens.

Il y a là Pierre-A(lbert) Arnavielle, le fils de l'Arabi, ce félibre qui dirige, en compagnie de Paul Redonnel (le fondateur de  Chimère )  La Cigalo d’or depuis 1890. Il sera un peu peintre et un peu journaliste.

Gédéon Bessède publiera bientôt, sous le nom de Jean Fredon, un très insolite Faut-il apprendre les mystères de la procréation?  et un plus classique Aux   Souffles du Vidourle (1899), patronné par le chansonnier du terroir Poussigue-Meyrel.

Louis Cabrol quittera Montpellier (et la musique?) pour être médecin.

Léon Cauvy, peintre orientaliste convaincu, s’étant fait un nom dans la région (il signe Coline de temps en temps), deviendra directeur des Beaux-Arts d’Alger. Pour l’heure, il est modern’style  (le superbe Château Laurens d'Agde, c'est beaucoup lui) et signe presque tous les cartons d'invitation du Caveau. 




Paul Coulet est surtout un musicien. Il sera chef de choeur à Montpellier à la Schola Cantorum (de Charles Bordes) après la guerre. Mais il sera aussi avec Arthur Verdier un des fondateurs de la revue ARÉTHUSE à Montpellier en 1914. C'est aussi un excellent dessinateur.

Carles (en fait Maurice Louis) Dauriac, fils de philosophe,  prendra à Paris le nom d’Armory, sera un des piliers du Chat Noir, ami d’Apollinaire et de Gide, et le grand critique littéraire et théâtral de Comœdia. Ses mémoires "50 ans de vie parisienne, souvenirs et figures" sont riches et inattendus sur la vie littéraire de la première moitié du siècle.

Paul Grollier mourra à 25 ans en 1902. Sa tuberculose lui laisse tout juste le temps de devenir un peintre symboliste très remarqué de la haute société parisienne, un illustrateur en vogue sous le nom de Châtelaine et l’éphémère mari de la sulfureuse Miss Clark. Son autoportrait est un des grands moments du musée Fabre.



Invitation signée Paul GROLLIER

Louis Guigues, sculpteur, part tout de suite à Paris rejoindre Rodin. Chargé de prestige et de prix, il reviendra dans 30 ans diriger l'école des Beaux-arts et le Musée Fabre. Pour l’instant, il découpe des feuilles d’étain pour les personnages du théâtre d’ombre.

Paul Hamelin est imprimeur-poète. C'est lui le furtif archiviste du Cavô, découvreur-éditeur-imprimeur de presque tous les documents utilisés ici, noblement donnés à la bibliothèque de Montpellier. Qu'il en soit remercié.

Albert LEPRINCE  sera médecin quand il ne signera plus 0'Prenz. Pour le moment, son Christophe Colomb déconcerte par son langage :

"Roa Feurdinand, donnez-moa oun béteau! ... Je volais découvrir la Mérique"  

À la fin notre tête chavire en voyant Colomb près du rivage américain à fouler, être découvert par les Indigènes, et retourner, toutes voiles en panique, vers l'Europe. O'Prenz, tu Jarry un peu, non?



Albert Liénard n’est pas encore le Louis Payen vedette et potentat du premier tiers du siècle théâtral. Mais il écrit fort bien ses sonnets d’invitation aux  soirées artistiques.

Joseph Loubet est déjà ce qu’il sera toujours : curieux de tout, organisateur, fonceur, tout en finesse aussi. Ah! que son félibrige sonne clair et moderne. A l’époque du Caveau, il a déjà participé à la création de Chimère avec Paul Redonnel,  et il s'apprête à créer  La Coupe avec Liénard et Wémau, sous le double patronage de Mistral et de Mallarmé dont il parle au Caveau. [C'est dans mes pérégrinations occitanes, devenu un ami posthume.]

Ici, il parle, écrit et chante Français, pas occitan. Seul, Max Thérond ose, lors de la 1ère soirée, un chansonnette occitane : Lou raive de Pruneto. Vade retro, patois! Il n'y aura pas de seconde fois.

Pierre Louvrier sera pharmacien, sans faire souche dans l’art. On le qualifie : alter ego de Paul Hamelin

Joseph Maux meurt à peine sorti de l’adolescence.

Tout comme Maurice Houard, qui sous le nom de Richard Wémau aura juste le temps de fonder La Coupe (cette revue mythique et enchanteuse), de faire imprimer à Paris ses cartes de visite d’”Homme de lettres” avant de mourir, la tuberculose bien sûr.


Henri Murco, le pianiste attitré des soirées, sera chimiste. 

 

Je ne sais qui est le Pélissier qui figure sur un programme.

Jules Viguier  publie deux recueils :  Blanche en 1895 et  Pour les âmes simples en 1902, tous deux hors commerce. “Ces pages sont trop intimes pour être livrées à la publicité”, dit-il. Il garde donc son secret.

 

ACTIVITÉS

Que fait-on aux séances du Caveau? D’abord, on chante, mais “que de l’inédit”. On y dit beaucoup de poèmes. Pas de ligne directrice : Léon Cauvy est franchement mélo, dans le genre des chansons réalistes de l’époque. Loubet, Payen sont résolument symbolistes. Ils en rajoutent même, dans cet exercice essentiellement oral, sur l’hermétisme. Pierre Louvrier est aussi mièvre que Jules Viguier. Joseph Maux, est-ce une prémonition, récite  L’Hôpital et Le Condamné à mort. Dauriac est caustique: il sera critique. 

Mais les morceaux de prédilections sont les pièces du théâtre d’ombres chinoises. Pas de soirée sans pièce d’ombres, il y en a parfois cinq ou six. Tout le monde s’y met : peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, chanteurs...  Le Moyen-âge, pièce d'ombre en 3 tableaux de Marcel Chatelaine (c'est-à-dire Paul Grollier), musique de Coulet, jouée le 6 mars 1895 a été imprimé (à 25 exemplaires), et ceux qui l’on vu (pas moi) s’en souviennent longtemps.

PROGRAMMES 

Les programmes des trois grandes soirées ont été conservés. 

1ère soirée

 



CR du Caveau du Dix dans La Bohème , Montpellier



Apparition de La Gosseline aux yeux bleus, de et par Cauvy, musique de Coulet. Triomphe ! 

Quel accueil à La Vespasienne, pièce d'ombre avec dessins de Léon Cauvy et paroles de J Maux? Et la Légende moyenageuse de Dauriac, dessins de Paul Grollier? 

Copieux menu : 4 pièces d'ombre ; 13 chansons ; 12 poèmes  et récits ; 4 pièces musicales. 


Le 16 janvier 95, 2e soirée publique. Et le programme est tout aussi chargé, avec 6 pièces d'ombre.

On reprend La Gosseline qui a été imprimée:





CR du Caveau du Dix dans La Bohème , Montpellier


La 3ème et dernière séance plénière a lieu le 6 mars 1895. 



CR du Caveau du Dix dans La Bohème , Montpellier


5 pièces d'ombre, dont la création de Moyen-Âge textes et dessins de Paul Grollier.




D'autres soirées sont thématiques, comme celle du 25 février 1895 consacrée à Mallarmé. Camille Mauclair, qui n’est encore qu’un jeune aixois de passage, lui consacre une causerie. Joseph Loubet lit des poèmes, puis se lance dans une glose de L’Après-midi d’un Faune. Panache !

Chose curieuse pour un caveau estudiantin, la gaudriole et les chansons de salle de garde ne sont là que pour rythmer les soirées, faire patienter entre deux décors. comme des intermèdes entre deux ascensions vers le sublime.

réseau

Le Caveau est le lieu de rencontre des jeunes artistes de Montpellier avant le départ de certains pour Paris. Nous retrouverons ses membres les plus actifs au sein de  Chimère, La France d’Oc, La Coupe, La Vie Montpelliéraine, Le Midi Mondain, Pan.... Que du beau linge ! Et quel puissant atelier de litérature potentielle !

Eugène Pintard, qui écrit dans Le Petit Méridional  du 3 novembre 1936 (40 ans après !)  ses souvenirs sur Le Caveau, parle d’une refondation en 1908 à Paris. Joseph Loubet, Louis Payen (ex-Albert Liénard), Dauriac devenu Armory, Guigues, fondent le Sénat de Montmartre au 15 rue de l’Orsel. Le titre est un clin d’œil à Loubet, dont l’homonyme est président du Sénat. Mais les souvenirs de Pintard sont parfois flous. Il se souvient de Châtelaine au piano. Or, Grollier est mort depuis 6 ans. Quoiqu’il est soit, ce Sénat est éphémère. Nos montpelliérains préfèrent, comme les autres, se retrouver au Chat Noir.L'article de Pintard réveille Paul Hamelin qui lui répond. L'espace d'un instant, le Caveau revit.



 

Postérité

A Montpellier même, la mode des caveaux et cabarets ne cesse pas avec la fermeture du  Caveau du Dix.  Mais aucun n’atteint sa renommée et ne réunit autant de têtes connues.  Les Ysolans se réunissent à La Boule noire en mai 1895, deux mois après la fin du  Dix. Malgré une profusion de pseudonymes indécryptables, aucun des membres du  Dix  ne semble en faire partie. Les animateurs en sont Poussigue-Meyrel, un chansonnier professionnel venu de Sommières, qui a dépassé la trentaine, et Aimé Ducrocq : un montpelliérain né à Paris en 1877. En 1896, le Théâtre de Montpellier programme ses vers en intermède. Jusqu’à sa mort en 1911, il écrira cinquante pièces en un acte, toutes jouées à Paris, soit au théâtre Sarah Bernhardt, soit au Théâtre Rabelais qu’il a créé. Président du Comité Jeanne d’Arc, son théâtre est cocardier et national. Louis Combes, qui sera un des musiciens du Montpellier du début du siècle, tient le piano des Ysolans . 





 

Plus tard, en septembre 1897, nous retrouvons la même équipe, Ducrocq, Poussigue-Meyrel, Louis Combes, en compagnie d’un certain Georges Kertal, au  Cénacle de La Chauve-Souris, dont le lieu de réunion semble un sombre secret. Les ingrédients sont toujours les mêmes : poésies, romances, monologues et surtout théâtre d’ombres, mais la sauce ne prend plus.

Enfin, c’est l’Association des Etudiants qui en 1900 prend le relais sous la direction de Louis Moitrier dans les caves du Café de la Paix. Les séances débutent par une conférence et terminent en café-concert. La relève ne manque pas de panache : Marc Varenne (qui y parle Gascon avant d'être secrétaire du Président à l'Elisée), Pierre Hortala (brillant, choyé à Monaco et suicidaire), Célestin Pontier, Jules Véran, Albert Eloy-Vincent, Albert Arnavielle, Cairel :  tous se feront un nom dans la vie littéraire du début du siècle. Nous les reverrons.

A noter un historique signé Félix C. dans La Bohème en juillet 1909.

 

 

 

21 mars 2025

LE DARD Une revue littéraire déguisée en journal étudiant. Montpellier 1909

 


1909  Le Dard, organe des étudiants

Siège : Imprimerie coopérative ouvrière, 11 avenue de Toulouse, Montpellier. 

Pages de publicité avec entre autres, celle de Louis Lèbre du Vigan (ce militant des Droits de l'Homme soutient Le Dard comme il a soutenu Pan). )

Cette revue, dont le seul numéro paru est daté de juillet 1909, est peu bavarde sur elle-même. Pas de responsables ni d’adresse propre, rien.

A peine, un éditorial collectif affirme la volonté de "réunir des productions littéraires".

En fait, il s’agit bel et bien d’une résurgence montpelliéraine de la revue montpelliéraine Pan, devenue parisienne.

Sur ses six collaborateurs signataires, cinq ont déjà participé à Pan.

 D'emblée, nous sommes loin, très loin, de la pochade étudiante. Jean CLARY, dès la première page, écrit un rêve lourd et noir dans une fumerie d'opium. "L'aiguille, lourde d'opium noir... et c'est la vingtième pipe..."


 Immédiatement après, Joël DUMAS nous donne un long article (Cerrtains) sur Jean Moréas (qui va mourir dans quelques mois) et la bohème littéraire parisienne. Dumas, invité par la revue Vers et Proses à La Closerie des Lilas y rencontre Paul Fort. Ils parlent de Pan "fondé avec Jean Clary [et Carco?] et qui n'a pas réussi à Montpellier ... peu de ventes..." Dumas fustige "les soi-disant intellectuels montpelliérains qui fréquentent le Café de France" [Ce n'est pas un bon début pour attirer une clientèle au Dard !] . À Paris aussi, des mufles, dit Paul Fort. Arrivent Jules Romain, Charles Vildrac, E Cottinet, F.T. Marinetti, F.A. Cazals (le verlainien) , Maurice Maindron, Toussaint-Lucca avec Guillaume Apollinaire et Max Jacob, Jean Royère, Paulk Castiaux... [Que disent en 1909 ces noms aux étudiants de Montpellier?] 

L'arrivée de Jean Moréas fais tomber la conversation. "Je fus déçu". Moréas dénigre Viellé Griffin, Verhaeren, Francis Jammes... Et malgré le champagne et le souper payé par Le pélerin passionné, Joël Dumas est décidément déçu. 




 
 

 
 


La revue continue avec deux poèmes de Paul SENTENAC Sous l'oeil des Barbares [Maurice Barrès quand tu nous tient!].

Marcel RIEU, lui, est plus original, beaucoup plus original.  La mort suinte aux pierres est, en prose un CIMETIÈRE SUR LA MER auquel Paul Valéry ne pense pas encore. 

"Une vague passe et meurt, puis une autre, une autre encore, toujours..." 

"Ce triple infini qui m'accable : la mer, le silence, la mort..."

 Un certain Henry CHARPENTIER assume Baudelaire et nous donne deux Fleurs du mal surnuméraires. 

Joël DUMAS parle encore de sa chambre parisienne, triste malgré ou à cause des gravures de Félicien Rops et d'A Rouyveyre. 

Deux sonnetrs encore, non signés "X". 

Une curiosité sur le diamant artificiel. Est-ce une vraie rubrique 'Sciences' ou une métaphore?

Et la revue rejoint l'ornière des journaux étudiants, polémiques mesquines (avec surtout Duplessis de Pouzilhac et son JOURNAL ÉTUDIANT. 

Passons, passons puisque tout passe...

 Émouvant DARD, qui n'a piqué qu'une fois, mais fort, pour notre souvenir.

Un exemplaire est mis en ligne par la Médiathèque Emile Zola de Montpellier : le seul que je connaisse.