8 mai 2012

NOSTRADAMUS dans son tombeau. Exemplaire unique et effrayant d'un almanach de Nostradamus imprimé à Toulouse en 1839

Portrait de NOSTRADAMUS DANS SON TOMBEAU
                   Voici, au hasard des petites trouvailles, un exemplaire unique d'un almanach publié à Toulouse, par Jean-Marie Corne (qui fut, avocat, puis imprimeur rue Pargaminières, puis mort) en 1839.
                  L'adresse porte, de façon fallacieuse, mais Nostradamus oblige : A Salon en Provence, 1839. Mais le collophon est sans équivoque et dévoile le véritable éditeur.
                  Le titre complet est le suivant :

NOUVELLES ET CURIEUSES
PREDICTIONS
DE MICHEL
NOSTRADAMUS
(Pour sept ans)
depuis l'année 1839 jusqu'à l'année 
1845 inclusivement,
Augmentées de l'ouverture du tombeau de 
Nostradamus, exactement supputées,
calculées et mises en meilleur ordre, et 
plus amples que les précédentes
PREDICTIONS DE MICHEL NOSTRADAMUS, Toulouse 1839.

                 Il s'agit d'une brochure de format bibliographique indécis (un cahier de 10 folios, le dernier servant de chemise à l'ensemble, un autre cahier de 4 folios, un autre de 8 folios et un dernier de 2 folios). A l'oeil, in 12°, de 44 + 2 pages. 
                 La page de titre n'arrive qu'au verso du folio 3, précédée d'une gravure sur bois au verso du F°1 intitulée :  GARDE DU TOMBEAU
GARDE DU TOMBEAU de NOSTRADAMUS
Ce garde sur-armé ressemble un peu à un gisant.

                Suit, recto du F°2 : LE VERITABLE PORTRAIT DE NOSTRADAMUS DANS SON TOMBEAU :
                 On y voit Nostradamus, assis et bien vivant , portant et retirant de sa main droite un masque qu'on pense en or, assis sur sa chaise de bronze, dans sa bibliothèque, qui se doit d'être ésotérique, le compas le prouve bien... 
LE VERITABLE PORTRAIT DE NOSTRADAMUS DANS SON TOMBEAU
            En frontispice, le portrait de Nostradamus avec son épitaphe est lui, incontestablement celui d'un gentilhomme sous Louis XIII.
            Au verso de la page de titre, une gravure sur bois représente la vérité avec un poème dont seuls les 4 premiers vers en sont vraiment, des vers, les deux derniers cédant résolumment à la future mode du vers libre.
Je suis la Vérité, de tout temps je suis reine
Et je ne ments jamais, étant ce que je suis.
J'abhorre les menteurs, c'est moi qui les poursuis... etc... 
 
            Les pages 5 et 6 sont destinées à nous faire trembler, et je ne sais si je n'enfreins pas un interdit mortel en les transcrivant.  C'est en tout cas un superbe morceau de prose, dans le style de Allan Poe ou de Charles Nodier. De quand date-t-il??? Je l'ignore (ce qui veut dire : si vous le savez, dites le moi).

RELATION NOUVELLE ET TRES CURIEUSE DE 
L' OUVERTURE
DU TOMBEAU DE NOSTRADAMUS

           Quel événement étrange et inopiné, cent vingt-sept ans se sont écoulés depuis que Nostradamus s'est inhumé tout vivant dans un sépulcre en forme de mausolé, qu'il séleva chez les révé­rends pères cordeliers de Salon en Provence ;  il grava en carractère ineffaçable, sur la pierre, cette sentence aussi épou­vantable que nouvelle : Malheur à celui qui m'ouvrira, sentence que les plus hardis n'avaient encore osé violer. Mais enfin la curiosité surmonte tout obstacle : on va donner au public un sujet digne de mémoire ; ce sont deux prévenus (condamnés) à la mort à qui on accorde Ieur grâce au prix qu'ils ôteront la pierre. Bientôt les prophéties vont s'accomplir. Les violateurs portent leurs mains sur la pierre ; mais par un mouvement sou­dain, ils sont déconcertés, et tombent à la renverse roides morts ; car il faut que ces prédictions s'exécutent. 
            On entendit un bruit épouvantable ; peu après on vit le prophète Nostradamus sur une chaise de bronze, une plume d'airain à la main, un visage frais et pensif, et un tableau d'ivoire, où on lisait cette sentence: "Toi qui me vois, garde-toi de me toucher ;  car si tu le fais, tu es perdu." On remit la pierre en sa place. La peur inspira la fuite. Peu de temps après, quelques-uns plus har­dis étant entrés ont trouvé cette pierre réduite en poussière. 
           Les magistrats, ayant avec eux le révérend père gardien des Cordeliers et quelques principaux du couvent, ont fait une perquisition exacte ; ils ont  trouvé des manuscrits en caractères gothiques qui sans doute ne manqueront pas de donner de l'émulation aux savans qui jusqu'ici ont travaillé avec grand soin à pénétrer le sens des centuries qu'il nous a laissées, et qui sont assez connues en Europe pour éviter d'en faire ici un nouveau détail.             
OUVERTURE DU TOMBEAU DE NOSTRADAMUS A SALON DE PROVENCE

              Le reste de la brochure est plus sage. On y apprend le temps de chaque saison des années qui viennent, l'horoscope des divers signes du zodiaque, un peu de médecine populaire, bref tout ce qui fait un almanach bien constitué. 
              Le texte n'est pas rare, et a été repris au fil du temps, sur 1 ou 2 siècles, dans toutes sortes de villes, par toutes sortes d'imprimeurs. 
              Mais voilà : ces livres de colportage ont tous été détruits au fil du temps, et sont devenus rarissimes. 
               Cette édition toulousaine, faite par Jean-Marie Corne l'année même de sa mort, est tombée toute entière au champ d'honneur de la bibliophilie, et cet exemplaire semble bien être le dernier d'un tirage qui devait, à coup sur compter plusieurs miliers d'individus. 
                Sic transit gloria mundi.  Ce ne sont pas les plus gros tirages qui se conservent le mieux... — au contraire !!! (Vous noterez ça dans le recueil de mes maximes de sagesse bibliophile).
                Il faut dire que la qualité du papier, la typographie hésitante, le tirage "à la goulamas" (acò se dis a Tolosa) des gravures sur bois pour le moins séculaires (estimation basse : elles ont un petit air 17e...), si tout ça nous fait, à nous, pervers dépravés du XXe siècle, battre  le coeur et verser des pleurs de joie, il faut bien reconnaitre que pour les languedociens et gascons du XIXe , ça ne valait pas tripette, et ne nécessitait pas un classement au patrimoine culturel de l'humanité.

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