12 décembre 2011

Manière flamboyante de présenter une bibliographie : Colbert, évêque de Montpellier et la transfiguration de ses oeuvres en langues de feu

Les principaux ouvrages de Mr l'évêque de Montpellier (estampe, 1734)
          L'image frappe dès l'abord : un paisible écrivain, dans sa bibliothèque dont le portrait est entouré d'une couronne de languettes (de papier?) portant toutes en inscription le titre d'une oeuvre.
          Mais l'écrivain n'est pas paisible. Le Grand Colbert (c'est ainsi que les jansénistes appellent Charles-Joachim Colbert, évêque de Montpellier) est un terrible guerrier de l'écriture.
          Ce fils, neveu et cousin de divers ministres de Louis XIV est un des quatre piliers de l'Eglise qui, en 1717, a déposé en Sorbonne un Appel à un futur concile général qui devra décider qui, de Rome (c'est à dire le Pape) ou des Appelants est dans le droit fil de l'orthodoxie catholique. Autant dire que le Pape n'a pas aimé.
          Il n'est pas question ici de faire l'histoire des réactions à la bulle Unigenitus qui, de 1713 à la Révolution vont mobiliser l'opinion publique et l'énergie du clergé de France.
          De 1728 à 1803 une revue clandestine d'une rare violence enflamme les débats. Les NOUVELLES ECCLESIASTIQUES sont bien sûr interdites, mais grâce à une organisation sans faille, elles se faufilent partout. Créée pour défendre la réalité des miracles du diacre Paris et des convulsions du cimetière Saint Médard de Paris, elles seront le brulot janséniste par excellence du XVIIIe siècle.
          Ce sont ces Nouvelles ecclésiastiques qui, vers 1734 diffusent cette estampe.

          Colbert a 67 ans  et encore 4 ans à vivre. On le menace très régulièrement de convoquer un concile régional pour le destituer de son évêché, qu'il occupe depuis 38 ans. C'est ce qui est arrivé à son ami Jean Soanen, évèque de Senez en Provence, déposé par le "conciliabule" d'Embrun.
          Mais ce qui a été possible avec ce "prolétaire" de Soanen est plus difficile à faire avec un Colbert! Le nom seul en impose, et on hésite d'autant plus que l'évêque se défend bec et ongles.
          C'est cette défense que la gravure représente.
          Il s'agit mettre autour du cou du vieux bouledogue un collier de clous acérés comme en portaient les chiens de berger pour se protéger des loups.
Chales-Joahim Colbert et ses oeuvres en guirlande
          Il y a là 44 titres de LETTRES, MANDEMENTS REMONTRANCES ou ORDONNANCES disposés sur une ou plusieurs flammèches.
          Ainsi protégé par sa bibliographie, l'évêque peut travailler dans sa bibliothèque.
          Je ne connais pas d'autres exemples où la bibliographie d'un auteur soit ainsi représentée en couronne de gloire.

          Mais cette bibliographie n'est pas complète. Il manque bien sûr ce que Colbert publiera entre 1734 et 1738.
          Il manque surtout ce qu'il a écrit AVANT SON ACTE d'APPEL de 1717 et en premier lieu le très fameux CATECHISME DE MONTPELLIER paru en 1702.
          Ce catéchisme, jugé rétrospectivement janséniste, aura en France seulement une cinquantaine d'éditions durant le XVIIIe siècle (avec d'infimes changements entre elles).
          Il sera surtout traduit par les JESUITES pour être utilisé dans leurs missions en Amérique du Sud ou au Japon et en Chine.
         Voici un version viennoise de 1735 , traduit par le Jésuite Johan Thomas BEY en 1708 et approuvé  par le professeur de théologie et le recteur de l'Université de Vienne, tous deux aussi Jésuites.
Catéchisme de Montpellier. Vienne (Autriche) 1735
          Les querelles de chapelle françaises ne dépassaient pas les frontières.

          Un autre jour, peut-être, je parlerai de la bibliothèque de Charles-Joachim Colbert, qui, avec plus de 13000 volumes, est un mastodonte rare. Il est vrai qu'elle réunissait celles de quatre évêques : Jacques Plantavit de la Pause (évêque de Lodève), Pierre  de Marca (Toulouse), Francois Bosquet (que nous avons déjà rencontré) et Charles Pradel (Montpellier).
          Mais l'histoire de cette bibliothèque est une autre histoire.
Livre aux armes de Charles Joachim Colbert, évêque de Montpellier

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Serait-il possible de connaitre le nom de l'ouvrage dont on voit ici les armes ? SVP

Guy Barral a dit…

Question sur Colbert. Vous ne me laissez aucun contact pour vous répondre. La bibliothèque de Colbert évêque de Montpellier avait plus de 13000 volumes, elle a été à peu près entièrement reconstituée par Hélène Froeschlé-Chopard et moi-même, et étudiée. Quand au livre photographié il y a des années, lequel est-ce?? Je ne sais plus précisément. A 90%, je dirai : Vie de St Bernard, par Mr de Villefore, Paris, Jean de Nully, 1704. in 4°, puisqu'il me souvient que j'ai eu longtemps ce livre sur mon bureau à l'époque.
Mais il en existe plusieurs milliers à ses arme, ce qui relativise l'intérêt d'en identifier un. Sans compter les livres portant les armes des archevêques de Toulouse ou de Rouen, Colbert eux-aussi, armes difficiles à distinguer entre elles.
Cordialement