25 avril 2012

1881 En pleine guerre froide franco-allemande, une anthologie française, occitane et wallonne publiée à Leipzig par la minuscule Bibliothèque de salon

                Voici un étonnant petit livre, presque un "minuscule" : 95 x 65 mm.  174 (2) pages. 
                Cartonnage d'éditeur et percaline bleue, tranches dorées, gardes moirées. Son appartenance mondaine à la Bibliothèque de Salon ne trompe pas son monde. 
                Il porte en 1ère garde une étiquette du libraire éditeur A. Ghio, qui loge au Palais Royal, Galerie d'Orléans. 

Reliure de la Bibliothèque de Salon

Son titre :
POETES CONTEMPORAINS.
Poésies françaises  - Poésies provençales et wallonnes avec traductions en prose ou en vers.
Rédacteur en chef : Jules vom Hag.
1ère année  1881
Adresse :
Paris, Aug. Ghio
Leipzig, Otto Lenz, éditeur. 

Poésies françaises, provençales et wallonnes

                  De sa partie française, nous ne dirons presque rien. Des oubliés comme Etienne Adam, né à Anjou-Combrée en 1836, Alphonse Baudouin ou Julien Lugol voisinnent avec des noms plus familiers : Alfred des Essarts, Victor de Laprade, Lecomte de Lisle, Sully Prudhomme ou Armand Sylvestre.
                  Elle occupe 76 pages, soit un peu moins de la moitié du volume.
                  La partie wallone m'est encore plus étrangère et est d'ailleurs reléguée en queue de volume sur à peine 14 pages. N'y figurent que 4 poètes : Auguste Hock, Gustave Magnée, Nicolas Defrécheux et Alexis Peclers, tous natifs de Liège et tous traduits par l'universitaire Alphonse Le Roy.
Poème en wallon e Gustave Magnée : Chanson de Bertine Sodar

            La partie provençale, elle, s'étale sur 75 pages, exactement autant que la partie française. Un avertissement prévient que cette place est insuffisante et qu'un 2e volume complétera cette anthologie.
            14 auteurs y figurent, Frédéric Mistral en tête, avec ses chefs d'oeuvres emblématiques : Magali, La Coupo Santo et A-n un prouscri d'Espagno.
             Signalons aux mistraliens (qui sans doute le savent déjà) que sa notice annonce que Mistral est en train d'écrire : Guihèn dou Court-Nas. Sabi pas de qu'es acò
          
La Coupo Santo, l'hymne félibréen par Frédéric Mistral

             A côté du Maître, les deux "grands" du félibrige : Joseph Roumanille (Ma Vesino et Esperit Requien) et Théodore Aubanel (Li Fabre et 2 autres poèmes). 
             Les autres félibres ne déparent pas la liste : Anselme Mathieu, William Bonaparte-Wyse (un petit-neveu de Napoléon 1er, irlandais et félibre), J. B. Gaut (Tourreluco) , Alphonse Tavan, A. de Gagnaud (i.e. Léon de Berluc-Pérussis), Félix Gras, Clarens (i. e. Alphonse Roque-Ferrier) et bien sûr l'infatigable Louis Roumieux. Si les noms d'Auguste Verdot, de François Vidal ou de Victor Lieutaud sont devenus confidentiels, il faut reconnaître que le choix n'est pas mauvais, compte tenu d'une hypothétique frontière provençale qui irait de d'Aix-en-Provence à Montpellier, excluant aussi bien les nissards que les Gascons (et les languedociens de l'Ouest ou les Occitans "du Nord"). 


Per Vendemio de Joseph Roumanille

            En fait tout un monde :

Anthologie provençale en 1881

et
Frédéric Mistral : Guilhén dou Court-Nas 

              Voici pour les curieux le sommaire intégral, toutes langues mêlées :

Bibliothèque de salon : Poètes contemporains. 1881. Sommaire


La diffusion fait rêver : France, Italie, Belgique, Suisse, Autriche, Etats-Unis, Argentine... MAIS PAS ALLEMAGNE !!! 
Une diffusion internationale pour cette anthologie allemande des félibres en 1881
Conclusion :
On devine mal à la vue de cette anthologie la détestable ambiance franco-allemande en 1881, pas plus que les luttes des langues minoritaires à cette époque.

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